MARIE-CLAIRE CALOZ-TSCHOPP
Résister en politique,
résister en philosophie
Avec Arendt, Castoriadis et Ivekovic
«Pour moi, être heureuse, c'est ne pas subir. La liberté sans la rigueur n'est pas intéressante.»
Marta Argerich, Le Courrier, 8 juin 2006.
Résister, c'est s'arracher à la servitude pour découvrir la liberté. Résister, c'est garder vivante la découverte d'apories de la modernité, l'expérience totalitaire dans les conflits de mémoire collective et aux frontières de la démocratie. Résister, c'est se situer dans une période (post)coloniale, (post)communiste, (post-)totalitaire, époque où la planète est finie, c'est-à-dire où il n'y a plus d'extérieur où exporter la guerre impérialiste, où piller les ressources, où jeter les déchets, où expulser ou procéder à des meurtres de masse. Résister, ce n'est pas vouloir prendre le pouvoir guerrier pour répéter le cycle de la domination dans un contexte de destruction et d'extermination directe ou déléguée (politiques du sida, externalisation des conflits, etc.). Ni faire la guerre. Ni céder à l'illusion de la force instrumentale présente dans les dispositifs, les outils, les armes. Résister, ce n'est pas non plus réinventer une utopie messianique. C'est une position à tenir, un choix, un acte politique où se met en route l'agir de l'égale liberté, où s'apprennent, s'exercent la subjectivation relationnelle créatrice, l'autolimitation toujours fragile aux frontières de la politique. La résistance (post)coloniale, (post)communiste, (post-)totalitaire se réapproprie l'imaginaire, la puissance démocratique dans l'histoire d'aujourd'hui qui arrête (rupture) et réinvente (commencement, événement), se réapproprie le temps (durée, rythme), l'espace (non réductible au territoire étatique et intergouvernemental de police), le mouvement (la mobilité ne se limite pas « au droit de quitter son pays» de l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme, la gouvernance autolimitée. En débusquant la censure, l'autocensure de la pensée, de la parole inscrite dans l'obéissance), le plaisir de vivre, la parole, les astuces de la pensée dans l'agir, l'autolimitation en face du spectre de la mort de masse et de la destruction de la planète.