MARCEL CONCHE
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MARCEL CONCHE
nouvelles pensées de métaphysique et de morale

"Je n'ai pas de valeur morale.
Ce qui fait la valeur de l'homme est la bonne volonté, laquelle consiste à faire ce que l'on doit par devoir. Mais y a-t-il en ce monde un seul acte accompli par pur devoir ? Y a-t-il eu un seul acte de pure bonne volonté ? L'homme, ignorant de lui-même comme il l'est d'autrui, ne peut juger de la valeur morale ni de ses actes ni de ceux d'autrui, et donc ne peut juger ni de sa valeur morale ni de celle d'autrui. Il peut douter « que quelque véritable vertu se rencontre réellement dans le monde »(Kant), et donc il peut douter qu'il y ait lieu de parler de « valeur morale » à propos de l'être humain."


MARCEL CONCHE
Epicure en Corrèze

"J'entends le souffle du vent qui secoue les volets dans ma chambre d'enfant. J'ai 5 ans. Ma grand-mère Marie, tout près, sommeille. La maison est grande, les pièces sont immenses, pleines de vide : mes tantes, sœurs de ma mère, ne sont plus là - l'une est à Paris, l'autre a épousé mon père. Ma grand-mère Marie m'entoure d'un amour protecteur sans faille. Mais qui va me parler ? « Personne », dit le Vent. Le Vent me confirme dans ma solitude, mais pas méchamment. Il secoue les volets - « Je suis là » - mais ne les casse pas. C'est plutôt un ami. Quand on n'a pas d'ami, malgré tout il en faut un ! Alors pourquoi pas le Vent ? J'aime qu'il ne me laisse pas seul avec le Silence - ce silence dont il y a toujours bien assez pour moi."


MARCEL CONCHE
sur épicure

"Cela a un sens, de dire que l'on peut « être épicurien aujourd'hui », car l'on peut vivre aujourd'hui selon les principes d'Épicure : absence de crainte des dieux, absence de crainte de la mort, absence d'intérêt pour les valeurs de la société du toujours plus, goût pour une manière de vivre naturelle (cf. la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi), amour de la philosophie, goût de l'amitié. Dès lors, en effet, que le monde humain n'est pas un vrai monde (cosmos = ordre) donateur de sens où l'individu trouve sa place sans problème, mais un pseudo-monde (où la déraison inhérente au capitalisme sécrète continuellement de l'inhumain) qui rejette l'individu comme de trop (cf. le chômage), l'individu, rejetant la société qui le rejette, se trouve ramené à lui-même et se fait lui-même son monde — un monde où il y a du sens à vivre et où il se trouve heureux."


MARCEL CONCHE
la liberté

Dans le cadre dont je parle, l'amitié lie les esprits et les cœurs ; et se forge une liberté nouvelle, une inflexibilité qui est celle de l'amitié elle-même. Car à travers les amis, l'amitié a une sorte de vie indépendante : qu'un ami veuille la briser et l'amitié résistera.


MARCEL CONCHE
Oisivetés
Journal étrange II

Qu'y a-t-il avant le big bang? Le Principe, la Nature omni-englobante, qui nous « encercle ». « Nous» ? La bulle dans laquelle nous sommes, que l'on peut envisager « comme une sphère, centrée sur nous, d'un rayon approximativement égal à quinze milliards d'années-lumière» (Barrow, p 73) - à savoir la distance parcourue par la lumière pendant quinze milliards d'années. De cette bulle, nous ne pouvons sortir. C'est donc un cachot (cf. « [ ... ] de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers », Pascal).


MARCEL CONCHE
Orientation philosophique

Le point essentiel est de choisir, parmi toutes les combinaisons, les plus nobles et les plus belles, celles qui portent au plus haut degré la valeur de la vie. Alors le sage est celui en qui la vie a sa plus haute intensité, une vie qui est à la fois dans la proximité et le contraste les plus grands avec la mort. La grande passion, violente et immodérée (incompatible donc avec la sophrosyné) est là à sa place, car elle n'a rien de bas; bien plutôt elle nous délivre de tout ce qui est bas (et peut-être la véritable vie est-elle là : dans la profondeur, le sérieux de la passion extrême ?). La sagesse ainsi réconciliée avec la vie (ce qui mérite ce nom), on peut dire que par la notion de « sagesse tragique» se résout l' « aporie de la sagesse».


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Analyse de l'amour et autres sujets

"Je n'ai pas de solution définitive à la question de l'homme. Mais j'ai la mienne, toujours réexaminée ; j'ai ma vérité. Elle me permet, ai-je dit, le matin, de vivre jusqu'au soir, et de vivre non pas en me lassant de vivre, mais en assumant résolument la vie, en voulant la vie, c'est-à-dire, selon la leçon d'Héraclite, en voulant, de la vie, à la fois le bon et le mauvais côté, et cela sans plainte, ni récrimination, ni regret, ni prière, mais avec une sorte de gratitude."

" Ceux qui s'aiment, dans le propos dialogique, ne se bornent pas à se dire leurs opinions comme des faits, en espérant une coïncidence de celles de l'un avec celles de l'autre : ils les examinent d'un point de vue critique et avec le souci de la vérité. Il n'y a pas d'amour vrai sans dialogue, et un dialogue inspiré et conduit par la recherche du vrai. Mais de quelle vérité s'agit-il ? Non seulement du caractère de vérité ou de fausseté, du bien-fondé de telles opinions partielles sur des sujets particuliers, mais de la vérité unique et métaphysique sur le fond de laquelle s'inscrivent les opinions particulières. La vérité métaphysique étant l'objet de la philosophie, le dialogue des amants est un dialogue philosophique.
Or, la philosophie existe parce que l'homme meurt. Ceux qui s'aiment vont donc, ensemble, s'interroger sur la signification de la mort pour leur amour, étant entendu que la mort est une fin."

 


MARCEL CONCHE
Ma vie antérieure et le destin de solitude

"Et puis est survenue une mort entre autres, une mort privilégiée, qui m'a révélé ce qu'aucune mort jusque-là, n'avait pu le faire : la mort comme le déconcertant absolu. Ce n'est pas seulement la souffrance de la privation. C'est au-delà : l'horreur du non-être."


MARCEL CONCHE
Le sens de la philosophie

Or, c'est ici qu'il me sera utile d'être membre de la société des philosophes, non en tant que bâtisseurs de systèmes, mais en tant qu'interlocuteurs dans un dialogue. La méditation, qui est ma voie vers la croyance, fut, est aussi la leur. Or, sur quoi méditent-ils ou ont-ils médité? Sur les traits de la condition humaine - condition qui est la mienne aussi. Car douleur, besoin, angoisse, bonheur, malheur, amour, joie, échec, ennui, crainte de la mort, et, également, connaissance ou ignorance, décision ou indécision, etc., tout homme en a quelque expérience, et le philosophe, avant d'être "philosophe", est d'abord un "homme comme un autre". Mais surtout, tout homme est au monde sous le soleil, et le premier qui s'est demandé, laissant de côté les mythes et inaugurant la liberté de l'esprit: "qu'est-ce que cela veut dire?", fut le premier philosophe. Qu'est-ce que cela veut dire, être au monde, dans la clarté du jour? Que faisons-nous là ? Une telle question, par la difficulté d'y répondre, et parce qu'elle peut être celle de tous et de chacun, fait naître immédiatement le besoin de rencontrer ceux qui interrogent de la même façon, pour questionner ensemble. Et de là naîtra un échange d'idées, de suppositions puis d'arguments, un dialogue puis une discussion, qui, sauf par la clôture du système et du questionnement, ne finiront jamais.


MARCEL CONCHE
L'aléatoire

L'évènement de vivre encore - au-delà du moment présent de la vie - est aléatoire; Il n'est pas ressenti comme tel par la plupart des hommes. Il est ressenti comme tel par ceux qui ont l'habitude de se penser dans le temps infini, dans le temps immense de la nature, notamment par les sages."


MARCEL CONCHE
Heidegger par gros temps

" Quant à la réaction absolument intime de "honte" et de douleur de Heidegger devant "Auschwitz", comme résumé de toutes les horreurs, elle n'avait pas à être rendue publique, à supporter la détérioration de la publicité et du bavardage. Mais peut-être Heidegger a-t-il dit à Paul Celan le mot attendu, puisque, après leur rencontre à la "hutte", le poète, au dire des témoins, apparut "métamorphosé" et comme "délivré d'un grand poids".
De mon côté, je me borne à essayer de comprendre."