JOËL BASTARD
Bâton rouge
Des têtes de chat tombent lentement. Traversant en diagonale le triptyque voûté de ma fenêtre. Des têtes de chat et parfois des feuilles presque aussi grandes que celles de mon carnet de poche. Des pages blanches fondantes recouvrent la pelouse. Le magnolia Stellata s'épaissit, ses branches se distinguent dans l'air maintenant une à une. Il n'y a plus rien à écrire. Le blanc gagne la forêt, les grumes, le chemin, le travail d'hier. Les oiseaux, à nouveau absents.
[...]
Voir, voir, voir. Quoi de plus neuf que de voir ! Quoi de plus revigorant, risqué ? Quoi de plus contemporain ? Quoi de plus difficile ? Quoi de plus instructif que de voir ? Quoi de plus cinglant, magique, enrichissant, lyrique, envoûtant, érotique que de voir ? Etre un véritable aveugle sans doute. Et ce n'est pas une pirouette stylistique. Un jeu d'esprit.