JEROME LAFARGUE
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JERÔME LAFARGUE
Lisière fantôme

 " Ils se sont postés sur un rehaut colonisé par un bosquet de genévriers, d’aubépines et de cornouillers sauvages. Pâte à modeler logée dans leurs lance-pierres, ils se déplacent en silence pour se rapprocher, pieds nus sur la terre cuite par le soleil. Ils ne portent qu’un short élimé. Torses et visages, déjà brunis, sont couverts de boue séchée en guise de camouflage. Les yeux noirs du petit blond, les bleus du grand brun n’ont besoin de se croiser qu’une fois. Un hochement de tête. C’est le signal. Hurlant tels des guerriers surgis de temps anciens, les deux mioches fondent sur leur cible, une famille attablée à une table de pique-nique à l’abri de la fournaise. "

 

2023, Quidam Editeur


2020, Editions L'Ire des marges

JERÔME LAFARGUE
Par les flammes

"Deux bonnes semaines de voyage, déjà. En selle ou à la marche, pour soulager son corps ankylosé et la carcasse de sa monture, aussi.
Les ossements des grandes plaines sont derrière eux à présent. À la vue des immenses forêts et montagnes s’annonçant au loin, le vieil homme se sent libéré. Il s’autorise même une exclamation de joie."

 


2019, Quidam Editeur

JÉRÔME LAFARGUE
Le temps est à l'orage

"Il avait saisi ce que l’on attendait de lui, sans jamais pouvoir se résoudre à y croire vraiment."

"Il existe bien un courant de la recherche qui, empruntant autant à l’anthropologie, l’éthologie, aux neurosciences, s’efforce de donner une tribune au non-humain qui ne passe pas par le filtre de l’humain. Autrement dit, de tenter une science des signes et du langage trans-espèces, qui ne soit pas déterminée par nos propres perspectives anthropocentrées. Le monde est un gigantesque gisement d’êtres, de qualités, de capacités, qui interagissent. Les humains ne sont pas les seuls acteurs autonomes. Végétaux, animaux le sont aussi. Et au-delà des seuls phénomènes physiques, les artefacts, représentations, esprits, divinités, morts ont leur place, parfois déterminante. "


JÉRÔME LAFARGUE
Un souffle sauvage

" Pour qui donc se prend-on, à prétendre intéresser d’autres que soi ? Ce truc si troublant parce que l’on y oscille de l’état de félicité, sinon de surpuissance, à celui d’aboulie et d’incompréhension, parfois d’une seconde à l’autre, quand les mots, les idées se refusent, s’éloignent, se téléscopent dans une danse anarchique, mortifère et stérile. On se demande à quoi bon."

"Le sentiment de notre intense solitude dans ce monde m’accompagne depuis ce jour où je suis devenu le père de mon père, bien avant l’âge requis."

2017,Les Editions Du Sonneur


2015, Quidam Editeur

JERÔME LAFARGUE
En territoire Auriaba

" Le rêve appartient avant tout à la nuit, certaines communautés le considèrent comme un élément déterminant dans la conduite de leur bonne fortune. Il devient une manière d’accéder à des sujets humains, à des animaux ou à des esprits, et bien sûr aux multiples facettes de soi. "

" J ai toujours pensé que ce monde-ci est trop petit, ou plutôt que ce que l' on nous donne pour réalité ne constitue qu une infime partie de l' infinité du monde. Nos rêves, la force et l' inventivité de notre imaginaire le déploient déjà dans des directions inattendues, mais il y a davantage. Il m' arrive de prendre des décisions incongrues alors que je souhaitais faire le contraire. Au dernier moment, j opère un revirement incompréhensible à mes yeux, j accepte de vivre avec un choix dont je ne saisis pas la nécessité ou l' intérêt, mais je me dis que ce n est pas grave, que ce qui me semble une impasse ou une imbécillité est bien à l' inverse le chemin qu il fallait suivre. "


JERÔME LAFARGUE
Nage entre deux eaux

"Je ne dirai pas que Bleu pétrole m'a sauvé, non, faut être honnête, ce qui m'a sauvé, c'est le bruit de la dizaine de CD balancés à terre par Jed une nuit de septembre. Il les avait volés au hasard dans le supermarché du coin, s'était bourré la gueule puis orienté avec les étoiles pour enfin s'affaler sur le canapé défoncé de l'entrée.
De toute façon, je ne dormais pas."

2011, Editions Atelier


2011, Quidam Editeur

JERÔME LAFARGUE
L'année de l'hippocampe

"Un futur qui s’avance comme un mur d’effroi et, en vérité, nous sentons tous que tout va changer, mais nous ne savons ni quoi ni quand."  Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés

"Nous sommes de plus en plus nombreux dans mon cas, des âmes errantes et inutiles, si conscientes de leur état que cela en constitue une torture supplémentaire. Je n’abandonne pas la partie par idéologie ou dégoût ou colère. Je laisse tomber parce que l’esprit ne suit plus et que le corps est fatigué. C’est tout. Hier soir je me suis bourré la gueule avec mon vieux pote Tim, dont la lassitude mentale est semblable à la mienne. "


JERÔME LAFARGUE
Dans les ombres sylvestres

"Il est difficile de se faire une place dans le monde lorsque l’on est l’arrière-petit-fils d’un occultiste aux pouvoirs effrayants, le petit-fils d’un aviateur lunatique et le fils d’un surfeur de légende. Je n’ai pourtant pas sombré dans la drogue, l’alcool ou la fainéantise, je suis même devenu un temps enseignant-chercheur à l’université avant de m’en éjecter misérablement : je ne pouvais supporter que mes pairs jugent risibles et farfelues certaines de mes hypothèses de recherche, et plutôt que le discrédit de salon j’optai pour le départ avec éclats, insultes et quelques coups et blessures au passage, fantaisie que l’institution me pardonna aisément dès lors que je maintiendrais mon serment de ne plus jamais foutre les pieds dans ce qui avait été mon éden quelques années durant. C’est alors que j’ai davantage apprécié les attraits de la drogue, de l’alcool et de la fainéantise, abordés avec le sérieux qu’il se doit dans la maison de mes ancêtres, réinvestie avec fatalisme. À l’approche de mes trente-deux ans, je me résignai à la liquéfaction au bruit des vagues géantes qui un jour sans doute viendraient avaler la demeure familiale et la poussière qui lui tenait lieu de mémoire."

2009, Quidam Editeur


2009, Éditions Wigwam

JERÔME LAFARGUE
L'effacement des potences

 

"C'est une ombre, des pointes d'oreilles qui s'esbignent dans la fumée. C'est une impossibilité.
Car ils ne laissent rien de vivant, hors quelques vautours délaissés par leurs flèches.

Je m'arrête, me plante au milieu du chemin boueux. Mes pieds stagnent dans un bruit spongieux. Je scrute. Quelques-uns de mes compagnons sont là, bras ballants et tête courbée. Le hameau est détruit. Des filaments de paille volètent vers moi, portés par le souffle du vent. Paille rougie, paille noircie par leur feu."


JERÔME LAFARGUE
L'Ami Butler

"Les nuages devaient la prendre pour une vieille loutre à la fourrure fanée, se dandinant sans grâce, loin de ses rivières, sur un sol encombré de cailloux : mais ce n’était qu’une locomotive avec un ou deux wagons à la traîne qui cahotaient à travers des plaines grisées par la lumière de l’hiver. Une uniformité étrange régnait, comme si chaque pré ployait sous le fer de la froidure et de la désolation. Les quelques habitations qui parsemaient l’espace semblaient elles aussi se rabougrir, tassées par des forces atmosphériques irrépressibles. Les arbres étiques qui les côtoyaient de loin en loin tentaient de se projeter au plus haut, leurs branches presque collées au tronc pour davantage de fluidité, mais sans succès : chaque faîte se courbait, tantôt sur la gauche, tantôt sur la droite, empêché par une main géante qui les éloignait avec négligence du ciel."

2007, Quidam Editeur