VICTOR DEL ARBOL
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VICTOR DEL ARBOL
Le Fils du père

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton et Émilie Fernandez

"Barcelone s’étalait sur des rues vides, des bus vides, des terrasses de bars vides, des trottoirs vides, des stations de taxis vides. Persiennes baissées, feux de circulation fantasmagoriques, et une arroseuse municipale qui inondait le macadam brûlant, répandant des particules cristallines d’une fraîcheur agréable. On aurait dit que toute la ville était en vacances, en ce dimanche estival. Il aimait cet état d’attente, les balcons aux ferronneries rouillées, les fleurs au pistil métallique, les jardinières en plastique, les toitures festonnées d’antennes et de pigeons, et la mer au loin ; une mer félonne, crasseuse et portuaire. Un vieux cherchait l’ombre des bananiers pour se protéger du soleil. Il traînait un petit roquet qui tenait à flairer chaque arbre. "

2021


VICTOR DEL ARBOL
Avant les années terribles

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton


 "Peu à peu, la ville idyllique – bâtiments modernes, rues luxueuses et voitures de tourisme japonaises – s’est diluée et a finalement disparu sous le nuage de poussière qui descendait de la carrière de Kireka. Une poussière jaune qui souillait l’air, les arbres, les voitures cabossées et les visages des enfants courbés sous les charges qui sortaient de la carrière. Presque personne n’habite dans la carrière de Kireka, à part ceux qui ne savent pas où aller. Je l’ai dit à haute voix, observant avec tristesse les vendeurs de poisson en salaison qui se rendaient au marché et suivaient les rails du train. Machinalement, et avec un dégoût proche de la répugnance, en voyant les rats énormes qui gambadaient dans les ordures entassées sous un panneau publicitaire de la banque de développement chinoise CDB."

2019


2017

VICTOR DEL ARBOL
Par-delà la puie

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"La première chose que tu dois savoir, C'est que les guerres ne sont qu'un début. Cinq minutes après le premier coup de feu, le reste n'a plus d'importance. Soudain, des gens qui ont vécu en paix, de façon civilisée, se déchiquetent, volent, assassinent, incendier, violent. À la guerre, nous pouvons mordre, détruire, outrepasser les limites et tout sera justifié par l'existence d'un ennemi. À une seule condition, de réintégrer notre tanière quand le maître nous siffle, ayant considéré que l'incident était clos."


VICTOR DEL ARBOL
La veille de presque tout
Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"La seule chose qui dérangeait l'horizon, aussi loin que pouvait porter sa vue, c'était un bouquet de peupliers qui ressemblait à une oasis dans ce désert. A quelques mètres, coulait une tranchée d'irrigation dont le filet d'eau glauque était survolé par une nuée d'insectes. La brise laissait entendre un murmure de vie stérile qui se mêlait au vrombissement des bourdons."

2016


VICTOR DEL ARBOL
Les pigeons de Paris
Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"Je vous attends depuis un bout de temps ; je savais que tôt ou tard, vous trouveriez ce chemin, que je ne pourrais rester éternellement au bord de l'oubli, même si je voulais me rendre le plus invisible possible. Tout a une fin, nous le savons depuis le début. "

2016


2014

VICTOR DEL ARBOL
Toutes les vagues de l'océan

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"Comment un homme cessait-il d'en être un pour devenir une aberration ? A quel moment avait-il perdu sa propre boussole pour se perdre irrémédiablement ? A Nazino, dans ce train qui le menait de Moscou à Tomsk, ou en Espagne pendant la guerre civile, ou dans les batailles contre les Allemands ? Le monstre avait peut-être toujours palpité en lui, attendant patiemment son heure pour dévorer la carapace qui le dissimulait au regard des autres."


VICTOR DEL ARBOL
La Maison des chagrins

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"Mais il était si facile de se laisser emporter par le découragement, comme si cette vie n'avait pas d'avenir, comme si l'effort de vieillir était simplement dû au hasard et à la démission résignée de sa protagoniste. De telles gens existaient. Des personnes qui ne trouvent pas de raison de vivre, qui n'attendent et ne demandent rien, qui rêvent d'accomplir leurs petites mesquineries sans à-coups."

2013


2011

VICTOR DEL ARBOL
La tristesse du Samouraï

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"Derrière une grille rouillée s’ouvrait le jardin plutôt en friche de la prison. Une brigade de prisonniers de confiance, les moins violents, creusait une tranchée. Ils étaient contents, ils venaient de briser la couche de glace à coups de pierres et de pioches. Le travail leur donnait chaud et pendant quelques heures ils pouvaient échapper aux cafards et aux rats de leurs cellules. Parfois, la brume se levait et ils glissaient un œil vers le mur surmonté de barbelés. De l’autre côté, les femmes et les familles s’approchaient le plus près possible et criaient leur affection ou envoyaient des balles de tennis par-dessus la clôture électrique. Beaucoup n’atteignaient pas leur objectif, mais certaines retombaient dans le jardin et le bienheureux destinataire cachait précipitamment le paquet de tabac, l’argent ou la drogue qu’elles contenaient."


VICTOR DEL ARBOL
Le poids des morts

Traduction de l'espagnol de Claude Bleton

"Pendant que les gardes le revêtaient du droguet noir et de la cagoule des condamnés au garrot, celui des assassins de la pire espèce, il rêva qu’il s’en sortait : un cataclysme, un ouragan, un tremblement de terre qui détruisait la prison, semait le chaos et lui permettait de s’enfuir à la faveur de la confusion. Ou bien, comme dans les films qu’il voyait dans son enfance au cinéma d’été de Munxidos, il imagina une mutinerie de ses camarades prisonniers, une révolte pour le sauver, une flèche en plein dans le mille – le cou de son bourreau –, à l’ultime et fatidique seconde. "

 

2006