Francis Ponge écrit: «Non seulement n'importe quel poème mais n'importe quel texte quel qu'il soit - comporte (au sens plein du mot comporte), comporte, dis-je, sa diction. / Pour ma part - si je m'examine écrivant - il ne m'arrive jamais d'écrire la moindre phrase que mon écriture ne s'accompagne d'une diction et d'une écoute mentales, et même plutôt qu'elle ne s'en trouve (quoique de très peu sans doute) précédée. »
La diction - diction et écoute, comme le précise Ponge, car la diction est déjà sa propre écoute - c' est l'écho du texte dans lequel le texte se fait et s'écrit, s'ouvre à son propre sens comme à la pluralité de ses sens possibles. Ce n'est pas, et en tout cas pas seulement, ce qu'on peut appeler de manière superficielle la musicalité d'un texte: c'est plus profondément la musique en lui ou l'archi-musique de cette résonance où il s'écoute, en s'écoutant se trouve et en se trouvant s'écarte encore de soi pour résonner plus loin, s'écoutant plus avant qu'il ne s'entend, devenant ainsi proprement son « sujet» qui n'est ni le même ni non plus l'autre que le sujet individuel qui écrit le texte.
Dire n'est pas toujours, ni seulement, parler, ou bien parler n'est pas seulement signifier, mais c'est aussi, toujours, dicter, dictare, c'est-à-dire à la fois donner au dire son ton, c'est-à-dire son style (sa tonalité, sa couleur, son allure) et pour cela ou en cela, dans cette opération ou dans cette tenue du dire, le réciter, se le réciter ou le laisser se réciter (se faire sonore, se dé-clamer et s'ex-clamer, et se citer soi-même (se mettre en mouvement, s'appeler, selon la valeur première du mot, s'inciter), renvoyer à son propre écho et, ce faisant, se faire). L' écriture est aussi, très littéralement et jusque dans la valeur d'une « archiécriture », une voix qui résonne. (Ici, sans doute, écriture littéraire et écriture musicale se touchent en quelque façon: de dos, si l'on veut. Se pose alors, pour l'une et pour l'autre, la question de l'écoute de cette voix en tant que telle, en tant qu'elle ne renvoie qu'à soi: c'est-à-dire l'écoute de ce qui n'est pas déjà codé. Peut-être n'écoutet-on jamais que le non-codé, ce qui n'est pas encore cadré dans un système de renvois signifiants, et n'entend-on que le déjà codé qu'on décode.)