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Une idée de François Bon
Le site de François Bon

 

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La coopérative redistribue à chaque auteur 50% des prix téléchargement.


Si peu que je les voie,
même inclinés sous le ciel
de tout leur corps qu’un fil de soleil retient,
ils sont là
proches du plus proche.

Interdit je les regarde
puis me détourne
pour faire comme si déjà
ils rentraient dans leur ombre
piétinée par les fleurs


Cette rumeur errante est revenue

la nuit cogner

en « hirondelle aveugle »
à la fenêtre double et quand

je me levais pour lui

ouvrir, ou quoi,

ou regarder, j’avais le coeur

creusé et l’impression que l’ombre
avait, là–bas, fini
par se confondre avec

la pluie et les

pierres non ravalées de notre rue.


Le jour commence le soir au
dessus des nuées
dans l'outre-jaune issu de l'ombre
inverse au nuage


Jacques Josse

dormants

un triptyque

Ce soir, entre ténèbres et bas-fonds, seul un chien ivre a le
coeur à boire du purin d’orties à petites gorgées.

Elle, ensevelie dans sa tombe,
se souvient à peine de la couleur du marais et de la tourbe.

Allongée, morte,
paisible sous la terre,
occupée à coudre une à une les larmes de la rivière,
elle confectionne une écharpe de deuil

pour serrer le cou du chien.


François Ranou

l'inadvertance

la preuve est l'acte fait passé là-contre

 

infesté de cellules

de micro-organismes ––

 

je suis avec vous dans le troué vif

 

qui sur soi s'élève

nous fait tenir là-contre


Bertrand Redonnet

Chez Bonclou
et autres toponymes

...Nous sommes dans un présent quantique et, en même
temps ici et là-bas, marchant sur les mots sans les écraser,
nous inversons la courbe du temps. Un homme s’appelle Jules
par le hasard d’un caprice de ses parents, mais un village
s’appelle Chez Bonclou parce que l’ensemble des hommes
voulait ainsi être transmis à la mémoire des autres hommes.
Pour parler d’eux en même temps et ne point mourir tout à
fait. Comme le titre d’un livre réussi ouvrirait à son auteur les
portes de la postérité, le nom d’un lieu, d’un pont, d’une ville,
d’un hameau, d’un champ, donnerait aux lointains bâtisseurs
comme une prétention à l’éternité.


Michèle Dujardin

centre du monde

chasseurs de sable, noirs sur le front de mer où butent
les dominos rouges, dans les hayons de briques la
nuit échafaude un plan de fuite, mais la rouille
gangrène les lignes, et le poisson ne mord pas


Sereine Berlottier

ferroviaires

à Viroflay
elle oubliera le nom des stations.
comment elle aurait traversé
de quoi elle aurait été traversée

Dehors quelque chose s’enlise, se passe, se
passera de nous quelque chose dehors.


Bernard Noël

Le mal
de l'espèce

Elle aimait, tu l’as tout de suite compris, l’au-delà,
c’est-à-dire cette région que nous portons à fleur de peau et
que, pourtant, nous ne savons pas envahir pour nous y
abandonner simplement à la floraison du bonheur.


François Bon

Les Indes noires

Les Indes noires, c’est le titre d’un Jules Verne. J’avais
emporté ça, pour les quinze heures d’avion, mais ça se passe
sous terre, vers l’Écosse, dans des mines de charbon
abandonnées. Quelque chose comme, mais sous une
coupole sombre, ce qu’on traverse un dimanche de février,
en allant en taxi vers Roissy : enfilades d’usines cassées entre
les empilements de chair vivante, et des halls ultramodernes
où tout se fait sans l’homme. Et puis Roissy, machine froide :
dès Dubaï, l’escale, on est surpris du peu de mal qu’on a à
oublier tout ça, le froid, le gris, même si aller d’une usine à
une autre n’importe où, c’est toujours la même machine qui
nous attendait au bout ; le travail partout se ressemble, c’est
nul.