BERNARD STIEGLER
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Hommage à Bernard Stiegler, Chronique N°1109, Univers.fm

2017

 

Sous la direction de BERNARD STIEGLER, avec des textes de Paul Jorion, Evgeny Morozov, Julien Assange, Dominique Cardon, François Bon, Bernard Stiegler, Thomas Berns, Bruno Teboul,  Ariel Kyrou, Yuk Hui, Harry Halpin, Pierre Guéhenneux, David Berry, Cristian S. Calude, Giuseppe Longo
La toile que nous voulons

"On voudrait suggérer que s'il faut porter un regard critique sur les nouvelles réalités numériques, il est peu judicieux de le faire dans le vocabulaire de la contrainte, de l'aliénation ou de la domination. [....] Le vocabulaire de la censure, de la déformation, de la tromperie, de la manipulation, de l'injonction ou de la programmation des subjectivités, etc., porte sur une réalité nouvelle un diagnostic critique qui a été inventé à propos d'une réalité ancienne. Il rate sa cible en proposant un diagnostic si contre-intuitif qu'il est à la fois assez improbable et très inefficace." Dominique Cardon

"Si, face aux discours surplombants, généralisants et peu documentés, du grand panoptique contraignant, nous essayons de tirer toutes les conséquences du constat que le nouveau régime numérique opère sous la forme environnement/utilité plutôt que sous une forme contrôle/surveillance, il me semble que, animé par une même ambition critique, il est possible de faire un diagnostic et des propositions non pas plus réalistes, mais plus efficaces, pour rencontrer les pratiques effectives des internautes." Dominique Cardon


BERNARD STIEGLER
Dans la disruption
Comment ne pas devenir fou?

"« Désirs, attentes, volitions, volonté, etc. » : tout ce qui forme pour un individu l'horizon de son avenir, constitué par ses protentions (ses attentes), est pris de vitesse et progressivement remplacé par des protentions automatiques, elles-mêmes produites par les systèmes computationnels du calcul intensif, qui sont entre un million et quatre millions de fois plus rapides que les systèmes nerveux des individus psychiques.
La disruption est ce qui va plus vite que toute volonté, individuelle aussi bien que collective, des consommateurs aux «dirigeants», politiques aussi bien qu'économiques. Comme elle prend de vitesse les individus à travers les doubles numériques ou profils à partir desquels elle satisfait des «désirs» qui n'ont jamais été exprimés, et qui sont en réalité des substituts grégaires privant les individus de leur propre existence en précédant toujours leurs volontés, que, du même coup, elle vide de sens, tout en nourrissant les modèles d'affaires de la data economy, la disruption prend de vitesse les organisations sociales, qui ne parviennent à l'appréhender que lorsqu'elle est déjà devenue du passé : toujours trop tard.
Dans la disruption, la volonté, d'où qu'elle vienne, est par avance obsolète: elle y arrive toujours trop tard. C'est un stade extrême de la rationalisation qui est ainsi atteint, formant un seuil, c'est-à-dire une limite au-delà de laquelle est l'inconnu : il détruit la raison non seulement au sens où les savoirs rationnels s'en trouvent éliminés par la prolétarisation, mais au sens où les individus et les groupes, perdant la possibilité même d'exister (car on n'existe qu'en exprimant sa volonté), perdant ainsi toute raison de vivre, deviennent littéralement fous, et tendent à mépriser la vie - la leur et celle des autres. Il en résulte un risque d'explosion sociale mondiale précipitant l'humanité dans une barbarie sans nom."

2016


BERNARD STIEGLER
L'emploi est mort, vive le travail
entretien avec Ariel Kyrou

"Incapable de changer de braquet pour répondre à une crise totale, la classe politique ne veut pas admettre que la crise de l'emploi ne fait que débuter."

"Aujourd'hui, l'emploi (…) ne produit que standardisation, répétition machinale et stupide, démotivation, et ne se fait désirer que sous la menace permanente d'un chômage toujours plus brutal et angoissant."

2015


2015

BERNARD STIEGLER
La société automatique

1-L'Avenir du travail

"Le temps libéré par la fin de l'emploi doit être mis au service d'une culture des automates capable de produire une nouvelle valeur et de réinventer le travail. La culture de la désautomatisation rendue possible par l'automatisation est ce qui peut et ce qui doit produire de la valeur néguentropique"

"Ces infrastructures 24/7 qui ne s'arrêtent jamais, où il n'existe pas de pause, et où ce sont la décision et la réflexion qu'il s'agit de rendre « superflues », connectent en permanence les individus à des ressources en ligne qui court-circuitent la « vie quotidienne» en la vidant de sa quotidienneté, c'est-à-dire de sa familiarité : qui l'anonymisent.

"Crary montre que le capitalisme 24/7 qu'est le capitalisme totalement computationnel va toujours plus vite que ce droit. Ce qu'il ajoute, et qui est très original et fécond, c'est que le capitalisme 24/7 nous précède et nous devance toujours précisément en nous privant de fait du droit de rêver, et même de dormir, c'est-à-dire ; en anéantissant toute forme d'intermittence, et donc tout temps de la pensée. Au nom du développement technologique et de l'innovation, il impose le "maintien calculé d'un état de transition permanente"."


"Les savoirs demandent du temps : du temps nocturne pour dormir et pour rêver, du temps diurne pour songer, réfléchir et agir en déterminant les contenus de ses bons et mauvais rêves nocturnes et rêveries diurnes pour les matérialiser, les transmettre et les recevoir des autres aussi bien que pour les combattre : pour apprendre ce qui résulta des songes et des rêveries, réflexions, théories et inventions des autres. Il faut du temps pour confronter les temps des rêves réalisés et déréalisés, ce que peut-être les Australiens aborigènes appellent le dreaming : du temps pour délibérer et pour décider, en s inscrivant dans de nouveaux circuits de transindividuation formés par ces rêves, et en les poursuivant par des bifurcations qui les désautomatisent.


2010

BERNARD STIEGLER
Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue
De la pharmacologie

"Une économie qui ne sait plus produire en quoi que ce soit le sentiment que la vie vaut le coup d'être vécue, et qui provoque intrinsèquement la perte du sentiment d'exister, est condamnée à l'effondrement."


BERNARD STIEGLER
Economie de l'hypermatériel et psychopouvoir

entretiens avec Philippe Petit et Vincent Bontems

"Aujourd'hui, il y a une tendance à énucléer tous les cerveaux humains de leur conscience - à laquelle personne n'échappe: ni vous, ni moi, ni le président Sarkozy -, et de les ramener à un niveau d'activité cérébrale de mollusque: de détruire ce qui permet à chaque individu d'être une singularité, de se distinguer de tout autre, d'avoir son libre-arbitre, de pouvoir faire des choix véritables, c'est-à-dire remettant en cause l'état des choses - ce qui n'a rien à voir avec ces pseudo-choix que sont les options proposées par le marketing personnalisé. "

 

2008


BERNARD STIEGLER
Mécréance et discrédit

1. La décadence des démocraties industrielles.

"Le consommateur est à son tour désindividué : comme l'ouvrier devenu prolétaire s'était trouvé privé de ses capacités d'ouvrir le monde par son travail, c'est-à-dire par son savoir-faire, le consommateur perd son savoir-vivre en tant que façon singulière d'être au monde, c'est-à-dire d'exister.
C'est ainsi qu'émerge un prolétariat total, exproprié de tout savoir, condamné à une vie-sans-savoirs, c'est-à-dire sans saveurs, jeté dans un monde insipide, et parfois immonde : à la fois économiquement, symboliquement et libidinalement misérable. "

2004


BERNARD STIEGLER
Constituer l'Europe

"Mais la surconsommation, bien loin de satisfaire les hommes, les conduit vers le mal-être et engendre la laideur: nous vivons dans un monde dont la laideur suinte mécaniquement. Tous nous le savons, mais personne n'ose le dire: cela paraît réactionnaire. Et pourtant, tout le monde en souffre, et les pauvres bien plus que les autres: ils y sont exposés en permanence, ils ne peuvent plus échapper à ce devenir-immonde du monde, tandis que l'on ménage encore des réserves symboliques aux couches sociales solvables dans leurs ghettos dorés. "

2005


 

BERNARD STIEGLER
De la misère symbolique
L'époque hyperindustrielle

" Sans vergogne, c'est-à-dire sans" cette honte qui est ,un des motifs les plus puissants de la philosophie ». Au risque, également, de ne pas se rendre compte que l'on a peut-être déjà commencé de se laisser absorber à son tour par ce processus d'avilissement généralisé, devenant lentement mais sûrement de plus en plus incapable de voir ce qui, comme nouvelle époque du non-savoir, y sourd comme énergie claudicante de la chance, celle par exemple de Thelonious Monk - à condition de trouver les armes, concepts, pianos, accordés, réglés, réparés ou préparés, et autres instruments."

2004