PASCAL DESSAINT
L'horizon nous manque
"Anatole y mettait tout son cœur mais aucun de ses oiseaux n’était gracieux. Ses courlis ressemblaient à des hérons, ses vanneaux à des pigeons. Il avait insisté, affirmant que ça ne comptait pas, la beauté. Ce n’était pas la longueur du bec ou la couleur du croupion qui attirait les vrais oiseaux, mais une allure, ni plus ni moins, qui rassurait. Il ne semblait pas, pourtant, que beaucoup de migrateurs se laissaient berner. C’était une période de l’année à forts coefficients de marée. L’ouverture de la chasse était pour bientôt. Anatole se préparait. Il fichait ses appelants dans le sable, les contemplait un petit moment puis se tournait vers la mer, qu’il ne voyait pas toujours. Cette mer se retirait si loin parfois que l’on pensait que même en courant à perdre haleine, des heures, une journée entière, on ne pourrait jamais atteindre les vagues qui se confondaient longtemps avec les brumes de chaleur. Preuve que la mer existait encore, continuaient à passer ferries et cargos."