LIONEL BOURG
Le Chemin des écluses
suivi de Gueules de fort
Les toiles d'EIice Meng, rageuses, apaisantes n'empêche, travaillées à vifs coups de couteau dont la lame gratte, coupe, tranche, incise ou souligne au gré des visages une bouche, un rictus, une paupière, ces toiles noires, dont les traits se détachent sur l'ocre jaune d'une couche elle-même éraflée, scarifiée, rendent ainsi justice à ces personnages longtemps exclus de la mémoire commune.
Elles les montrent.
Les délivrent de l'ombre où ils étaient ensevelis. De sorte que m'en allant, quittant ce fort où, plus que je ne l'avais cru, devant ces trognes, ces faciès et ces crânes hirsutes, je m'étais attardé, j'ai pensé qu'il s'en faut parfois d'assez peu pour qu'une vie bascule et devienne pareille à celle de ces emmurés d'autrefois, qui gravaient le salpêtre ou la pierre, le plâtre, le ciment, confiant à la curiosité posthume les noms d'une femme aimée, d'un camarade ou de quelques étoiles, d'un enfant, un très jeune enfant dont, dans l'obscurité, et parmi les reliefs des jours consumés à attendre, ils se souvenaient : peindre, écrire, après tout, ne recèlent au mieux que cette vérité.
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