MICHEL THION

 

MOTS DE PASSE

 

Le site de Michel Thion


Photo: Jean Baudrillard


"Mots de passe...l'expression me semble bien dessiner une façon quasi initiatique d'entrer à l'intérieur des choses...Car les mots sont porteurs, générateurs d'idées, plus encore, peut-être que l'inverse.
Opérateurs de charme, opérateurs magiques, non seulement ils transmettent ces idées et ces choses, mais eux-mêmes se métaphorisent, se métabolisent les uns dans les autres, selon une sorte d'évolution en spirale; C'est ainsi qu'ils sont passeurs d'idées."
Jean Baudrillard


Dans le mot de passe, cette vertu du langage, que la poésie propage, se condense comme un ver luisant.

Jean-Christophe Bailly (Le propre du langage)


mardi 03 janvier 2012.
Les voeux de Michel Thion

Ce soir je suis un arbre.
Je t’écris arbre du désert,
solitaire effleuré de poussière,
pour te dire à l’heure du soleil sanglant
que toi et moi nous sommes forêt,
que nos racines se croisent, invisibles,
se parlent sous la terre,
partagent l’eau,
comme nos feuilles partagent l’air.
Ce serait l’année de l’effleurement.
Ensemble,
nous ferons le théâtre du vent et de la mer.
Car soleil sanglant il y a aujourd’hui.
Il y a sable et cendre.
Parfois l’un de nous brûle,
est abattu par les bûcherons vêtus de gris,
rongé par les rats
venus des grandes villes noires au-delà de la colline,
il s’estompe de la forêt
mais notre forêt toujours frémit.
Au plus sombre du solstice,
je te le dis,
notre forêt ne mourra pas de la perte de l’eau,
elle est cachée dans nos racines secrètes,
et toujours s’échange,
vive,
bondissante,
fraîche à nos yeux
éraflés de larmes.
Elle coule entre les doigts
de ta main ouverte.
Tu serres le poing
pour la retenir
et quand tu écartes les doigts
il ne reste rien
qu’un bref instant de fraîcheur volatile
qui disparaît à son tour,
souvenir d’un souvenir.
Et c’est cela qui reste gravé en toi,
en nous.
À mes amis trop lointains
voyageurs sans cesse étonnés
dont les racines m’effleurent
au soleil renaissant,
je dis
cette année,
au petit matin pâle,
nous sommes des arbres.
Michel


Naissance d'un blog : http://arts-resonances.over-blog.com/

L'association "Arts Résonances" travaille depuis trois ans à la traduction de la poésie contemporaine, du français vers la Langue des Signes Française (LSF) et de la LSF vers le français.

Le blog est né, encore balbutiant, encore un peu maigre, mais vous pouvez dès maintenant y lire quelques articles et voir des vidéos de lectures traduites, tournées au Festival "Voix Vives" de Sète en juillet 2011.

Ce n'est que le début d'une aventure qui se poursuit...
Nous travaillons également à mettre en ligne une traduction en LSF de tous les textes du blog. Ça demandera un petit peu de temps. Soyez patients, on ne vous oublie pas...

P.S. Grand merci à tous : les interprètes-traducteurs de Des'L, les artistes sourds qui ont travaillé aux traductions, Maïthé Vallès-Bled et l'équipe du festival "Voix Vives", Pierre Garbolino et Video Lupum, les poètes, les comédiens-lecteurs et les techniciens du festival, Elio Possoz, notre webmestre.

Travail en collaboration avec "Du Pain et Des Roses" à Lyon


Michel Thion à Châteaubriant le 27 mai 2011, à l'invitation de Magali Thuillier et du festival Poiêsis.


vendredi 4 mars

Chère Françoise,

Quand Witkiewicz, dans ses pièces de jeunesse, écrites en pleine adolescence, décrit sa vision de la politique, voici un extrait, que je te propose comme mot de passe :

"Chacun peut créer n’importe quoi et a le droit d’en être satisfait, pourvu qu’il ne soit pas sincère dans son travail et qu’il trouve quelqu’un pour l’admirer tout aussi mensongèrement. Nous englobons tous les mouvements non reconnus jusqu’ici : le néo pseudo-crétinisme, le filoutisme, le prendre-pour-un-connisme (le mensongisme polonais est encore en gestation. mais nous lui reprochons une trop grande dose de démonisme ; son unique représentante Josépha Pignon-Blaga, 13 ans, tend déjà vers nous), le néo exploitisme, le singisme, le perroquettisme, le néo-cabotinisme, le falsifisme, le solipsoèdrisme, le mystificisme, le fourbisme, le faire-semblantisme, le fictivobétaillisme, l’escroquisme, le néo-humbuguisme, le tartuffisme, le bouffonnisme, l’insincérisme, le blousisme, le cocufisme, le couillonnisme, l’arnaquisme, le pigeonnisme, le dindonnisme, le mener-en-barquisme, l’entubisme, le bonimentisme, le vessio-lanternisme, le bourrage-de-cranisme, le mentisme, le menterisme, l’oculo-poudrisme, le baisisme et le biaisisme. Tous les représentants de ces mouvements respireront dans notre voluptueuse atmosphère de Blague Pure." (Stanislas Ignacy Witkiewicz)


Quelle prescience, quelle prémonition de notre situation actuelle, non ?


Bises

Michel



samedi 1 janvier 2011

Chère Françoise,

Écoute : l’année serait chaotique et rocailleuse comme un volcan qui se racle la gorge.

Mais demain peut être une magnifique éruption de la colère des peuples.

L’année serait terrible et sanglante et affamée, une horde de banquiers hurlant au cœur de l’hiver, la faim de l’or au ventre.

C’est d’eux que parlait le jeune Étienne de La Boétie, il y a quatre cent cinquante années :

« Il ne peut y avoir d’amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l’injustice ; et entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, mais ils s’entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices. »

Ils mourront dans la tristesse et l’ignorance de notre partage.

L’année serait stérile comme un désert lunaire.

Mais songe à la beauté, à la grandeur d’un paysage où s’écrit l’histoire de l’univers en traces de météores dans la poussière.

L’année serait gluante et cauteleuse comme un discours de l’innommable.

Mais l’innommable est éphémère et la contemplation est un acte.

Regarde encore : l’année serait ce que nous en ferions.

Une année à regarder le soleil en face, en devenir aveugle un instant rouge sang, et puis, au moment où la vue revient, par éclairs sombres, rire au milieu des larmes de lumière.

Je n’entends pas l’oiseau marcher dans la neige mais au matin venu je verrai les traces de ses pas et je saurai qu’il est venu.

L’année serait un oiseau rouge marchant dans la neige.

Et rassure-toi, je n'oublie pas "lieux dits", j'ai seulement trop de travail, jamais content le poète, je n'écris pas assez et la fumée commence à me sortir par les oreilles...

Que la vie te soit douce,

Bises,

Michel


Elice Meng


MICHEL THION
Origami

l'écriture
le sang
de l'exactitude

oiseau
vacillant



MICHEL THION
Le récit du Monde

Deux musiques se rencontrent et ne forment plus qu'une. Deux paroles simultanées s'annulent et se tuent. Quel est ce mystère de la musique, cette vérité qu'a perdu la parole ? Et qu'a gagné la parole à cette perte ?

Les mots useront-ils la pierre des morts, en l'effleurant ou bien déposeront-ils une poussière de mémoire sur le granit sans repos ?

La musique dira-t-elle cette accumulation de l'intangible ?

Pourquoi le chant de l'oiseau et la vibration parfaite de la machine sont-ils tous deux radicalement inhumains ? C'est peut-être qu'il y manque notre impureté, l'imperceptible violation de la règle du monde qui fait de nous des humains uniques et qui nous donne identité.


dimanche 29 août 2010
Mot de passe de rentrée


Ma chère Françoise,
Pour cette rentrée en forme de catastrophe, souvenons-nous d’un personnage méconnu, mais à la fois sympathique et utile :
Clarence Darrow était un avocat américain (1857 – 1938) qui haïssait l’injustice. Il a défendu de nombreuses causes « perdues », il était un agnostique militant et sa vie a été portée à l’écran sous le titre « l’avocat des damnés »
Je te propose quelques citations roboratives de cet homme trop peu connu. Pour en garder tout le sel, je te propose la version en anglais à chaque fois que j’ai pu la trouver.
Parfois un peu amer :

The first half of our lives are ruined by our parents and the second half by our children.
La première moitié de notre vie est pourrie par nos parents et la deuxième moitié par nos enfants.

Ou bien :

The world is made up for the most part of morons and natural tyrants, sure of themselves, strong in their own opinions, never doubting anything.
Le monde est composé pour la plus grande part de crétins et de tyrans naturels, sûrs d’eux-mêmes, avec des opinions bien affirmées et ne doutant jamais de rien.

Plein d’un humour que je qualifierais de philosophique :

If you lose the power to laugh, you lose the power to think.
Si tu perds la capacité de rire, tu perds la capacité de penser.

Ou encore :

Un criminel est une personne animée d’un instinct de prédateur, qui ne possède pas un capital suffisant pour fonder une entreprise.

Ou bien :

I have never killed a man, but I have read many obituaries with great pleasure.
Je n’ai jamais tué personne, mais j’ai lu beaucoup de nécrologies avec un grand plaisir.

Mais sa philosophie a des aspects pratiques incontournables :

Some of you say religion makes people happy. So does laughing gas.
On nous dit que la religion rend les gens heureux. Ainsi font les gaz hilarants.

Et parfois on y rencontre une actualité brûlante :

True patriotism hates injustice in its own land more than anywhere else.
Le vrai patriotisme déteste l’injustice dans son propre pays plus que n’importe où ailleurs.

Il était enfin un avocat sans illusion, mais non sans ténacité

La loi ne prétend pas punir tout ce qui est malhonnête. Ça nuirait sérieusment aux affaires.

En bref, l’un de ces personnages du passé que l’histoire nous donne pour nous aider à réfléchir un présent.
N’oublions pas, à ce propos, le grand Mahmoud Darwich :

« Le temps m’enseigne la sagesse alors que l’histoire m’apprend l’ironie. »

Bonne rentrée quand même à tous et bonnes bagarres. Ça va être chaud... enfin j’espère...
Bises,
Michel

dimanche 21 février 2010

On pourrait ajouter cette forte phrase de Picasso :

"Copiez, copiez, vous finirez par faire une oeuvre !"

Bises,

Michel

samedi 20 février 2010
Chère Françoise,

Au cœur d'une nouvelle vie terriblement (bien) remplie, je(re)pense aux lieux dits...

Une belle citation de Jim Jarmusch sur le processus de création :

"Rien n’est original. Vole partout ce qui t’inspire ou nourrit ton imagination. Dévore les vieux films comme les nouveaux, musique, livres, peintures, photos, poèmes, rêves, conversation de hasard, l’architecture, les ponts, les panneaux de circulation, les arbres, les nuages, les formes d’eau, lumières et ombres. Choisis parmi ce que tu voles ce qui parle directement à ton âme. Si tu agis de cette manière, ton travail (et ton butin) seront authentiques. L’authenticité est incalculable ; l’originalité est inexistante. Et ne te soucie pas de reconnaître ton vol, rends hommage si tu le sens. Dans tous les cas, souviens-toi de ce que disait Godard : « l’important, ce n’est pas où tu prends les choses, mais où tu les emporte ". (Jim Jarmusch.)

Je pense ici à Kurosawa qui disait : "créer, c'est se souvenir"

Et puis pour rire un peu, on en a bien besoin en ces temps de dévastation :

carte de vœux du nouvel an chinois : «Que les puces d’un millier de chiens galeux infestent les fesses de celui qui te gâcherait une seule seconde de ton année et que les bras de cet abruti deviennent trop courts pour qu’il puisse se les gratter.»

Je t'embrasse,

Michel

jeudi 7 janvier 2010
Chère Françoise,

Je te souhaite une année debout.

Une année pour l’effondrement des morts qui marchent en uniforme dans nos villes.

Une année pour la dissolution de la servitude.

Une année pour rire et danser ensemble.

Une année où nous ne serions nés nulle part, où nous serions nés partout.

Une année debout, même vacillante, fragile, blessée, mais debout, tranquille, certaine d’appartenir à la seule et unique tribu des humains.

Une année pour douter, à la recherche des traces anciennes qui adoucissent l’avenir.

Une année lente et calme et forte pour aimer la pensée et penser l’amour.

Pour attendre ensemble le lever inéluctable du soleil.

Les pieds dans l’océan, le soleil dans les yeux et les mains vides, offertes.

Je te souhaite l’année de l’oiseau immobile et du rocher transparent.

Penses-y : le scribe sur la montagne et le pêcheur des îles ont ceci de commun qu’ils regardent les étoiles.


P.S. Une petite lueur d’espoir ...



Beaubourg, le 4 novembre 2009

Bientôt le Récit du monde....

samedi 11 juillet 2009

"Salut à toutes et tous,

Le tir tendu contre les manifestants est une vieille habitude policière. En 1968, j'ai reçu dans le ventre une grenade lacrymogène tirée à tir tendu par un policier lors d'une manifestation, à la fac de Jussieu. Je ne suis pas le seul et les exemples abondent depuis.

Une différence aujourd'hui : Le célèbre flashball ne s'utilise QU'À tir tendu. On voit le résultat dans cette histoire.

Quant au Taser, impliqué dans un certain nombre de décès aux États-Unis, attendrons-nous le premier mort en France pour protester contre l'immonde brutalité policière ?

Amitiés à tous,

Michel Thion. "



À Montreuil, la police vise les manifestants à la tête



Le matin du mercredi 8 Juillet, la police avait vidé une clinique occupée dans le centre-ville. La clinique, en référence aux expériences venues d'Italie, avait pris la forme d'un "centro sociale" à la française : logements, projections de films, journal, défenses des sans papiers, repas... Tous ceux qui réfléchissent au vivre ensemble regardaient cette expérience avec tendresse. L'évacuation s'est faite sans violence. Les formidables moyens policiers déployés ont réglé la question en moins d'une heure. En traversant le marché le matin, j'avais remarqué leurs airs affairés et diligents.

Ceux qui s'étaient attaché à cette expérience et les résidents ont décidé pour protester contre l'expulsion d'organiser une gigantesque bouffe dans la rue piétonnière de Montreuil.

Trois immenses tables de gnocchi (au moins cinq mille) roulés dans la farine et fabriqués à la main attendaient d'être jetés dans le bouillon. Des casseroles de sauce tomate frémissaient. Ils avaient tendu des banderoles pour rebaptiser l'espace. Des images du front populaire ou des colonnes libertaires de la guerre d'Espagne se superposaient à cette fête parce que parfois les images font école. J'ai quitté cette fête à 20h en saluant Joachim.

A quelques mètres de là, c'était le dernier jour dans les locaux de la Parole errante à la Maison de l'arbre rue François Debergue, de notre exposition sur Mai 68. Depuis un an, elle accueille des pièces de théâtres, des projections de films, des réunions, La nuit sécuritaire, L'appel des Appels, des lectures, des présentations de livres... Ce jour-là, on fermait l'exposition avec une pièce d'Armand Gatti « L'homme seul » lu Pierre Vial de la Comédie Française et compagnon de longue date. Plusieurs versions de la vie d'un militant chinois s'y confrontent : celle de la femme, des enfants, du père, du lieutenant, du général, des camarades...

C'était une lecture de trois heures. Nous étions entourés par les journaux de Mai. D'un coup, des jeunes sont arrivés dans la salle, effrayés, ils venaient se cacher... ils sont repartis. On m'a appelé. Joachim est à l'hôpital à l'hôtel Dieu. Il était effectivement là. Il n'avait pas perdu conscience. Son visage était couvert de sang qui s'écoulait lentement comme s'il était devenu poreux. Dans un coin, l'interne de service m'a dit qu'il y avait peu de chance qu'il retrouve l'usage de son œil éclaté. Je dis éclaté parce que je l'apprendrais plus tard, il avait trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée...

Entre ces deux moments; celui où je l'ai quitté à la fête aux gnocchi et l'hôtel Dieu que s'était-il passé ? Il raconte : Il y a eu des feux d'artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball.
A ce moment-là je marchais et j'ai regardé en direction des policiers. J'ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l'impact je suis tombé au sol. Des personnes m'ont aidé à me relever et m'ont soutenu jusqu'à ce que je m'assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l'intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés.

Il n'y a pas eu d'affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n'étaient une menace pour personne. Les policiers tirent sur des images comme en témoigne le communiqué de l'AFP.

Un jeune homme d'une vingtaine d'années, qui occupait, avec d'autres personnes, un squat évacué mercredi à Montreuil (Seine-Saint-Denis), a perdu un œil après un affrontement avec la police, a-t-on appris de sources concordantes vendredi. Le jeune homme, Joachim Gatti, faisait partie d'un groupe d'une quinzaine de squatters qui avaient été expulsés mercredi matin des locaux d'une ancienne clinique. Ils avaient tenté de réinvestir les lieux un peu plus tard dans la soirée mais s'étaient heurtés aux forces de l'ordre. Les squatters avaient alors tiré des projectiles sur les policiers, qui avaient riposté en faisant usage de flashball, selon la préfecture, qui avait ordonné l'évacuation. Trois personnes avaient été arrêtées et un jeune homme avait été blessé à l'œil puis transporté dans un hôpital à Paris, selon la mairie, qui n'avait toutefois pas donné de précision sur l'état de gravité de la blessure."Nous avons bien eu connaissance qu'un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n'y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l'œil et le tir de flashball", a déclaré vendredi la préfecture à l'AFP.

La police tire sur l'image d'un jeune de 20 ans qui essayent de reprendre son squat. Et pour la police et les médias, cela vaut pour absolution, et c'est le premier scandale.
Faut-il rétablir la vérité sur l'identité de Joachim Gatti ne serait-ce que pour révéler la manipulation des identités à laquelle se livre la police pour justifier ses actes , comme s'il y avait un public ciblé sur lequel on pouvait tirer légitimement ?

Joachim n'a pas 20 ans mais 34 ans.
Il n'habitait pas au squat, mais il participait activement aux nombreuses activités de la clinique
Il est cameraman
Il fabrique des expositions et réalise des films.
Le premier film qu'il a réalisé s'appelle « Magume ». Il l'a réalisé dans un séminaire au Burundi sur la question du génocide. Aujourd'hui, il participe à la réalisation d' un projet dans deux foyers Emmaüs dans un cadre collectif.

On devrait pouvoir réécrire le faux produit par l'AFP en leur réclamant de le publier. Il serait écrit :
Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu'il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière.

Stéphane Gatti

 

Libération:

"Egalement acteur, Joachim Gatti a joué le rôle de Joachim Rivière, dans le film la Commune de Paris de Peter Watkins. Il est le petit-fils du dramaturge et écrivain Armand Gatti. L’IGS a ouvert une enquête. Une manifestation est prévue aujourd’hui à 19 heures, place de la Croix-de-Chavaux, à Montreuil."

 


mardi 21 avril 2009
Chère Françoise,

Voici bien longtemps que je ne t'ai pas adressé un nouveau mot de passe.

En voici donc un pour les temps que nous vivons :

La majestueuse égalité des lois interdit aux riches comme aux pauvres, de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain. (Anatole France)


Et une petite photo qui montre ce qui se passe quand nos bons édiles s'occupent de l'art...

Je t'embrasse,

Michel

Salut à tous,

Les Antilles en révolte , la répression en marche et un texte magnifique qui vient de paraître dans l'Humanité, signé d'écrivains antillais dont Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau...

Extrait :

(...)
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj –– qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé –– est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

(...)

Le texte intégral sur : http://www.humanite.fr/Outre-mer-Le-Manifeste-de-la-revolte-sociale

A lire, à faire lire...

A quand notre tour ?

Amitiés à tous,

Michel


Jeudi 12 février
bises
Michel



Vendredi 30 janvier
Chère Françoise,

En ces temps troubles, quelques pensées me viennent à l'esprit...

Pour ceux qui seraient bien contents des manifestations du 29 janvier, une petite pensée d'Auguste Blanqui :

« Pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par les plantations d‘arbres de la liberté, par des phrases sonores d’avocats, il y aura de l’eau bénite d’abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours ! »

En d'autres termes, plus directement compréhensibles, cet aphorisme, entendu dans « Groland » :
« Si les français sont toujours debout, c’est qu’ils ne peuvent plus s’asseoir tellement ils ont mal au cul. »

Enfin un toujours utile rappel de Benjamin Franklin :
« ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle pour acheter une sûreté passagère, ne méritent ni l’une ni l’autre. » 

Je t'embrasse,

Michel


Les Mouettes (fragments)
Nicolas de Staël

Chère Françoise,


Cette année je te souhaite un voyage au pays du langage vivant.

Parce que dans ta ville, jusque dans ta maison, il y a sans cesse des morts-qui-parlent, parce que nous sommes gouvernés par les morts-qui-parlent, sache que t’attendent de grands vaisseaux lents qui parcourent en murmurant le désert des hommes.

Car les morts parlent fort, ils crient leur langage desséché et creux, ils font poison de leur langue informe et sèment d’autres morts autour d’eux.

Sur les vaisseaux lents de la poésie, de l’écriture, le temps et la lenteur subtile donnent aux mots et aux phrases cette musique venue du fond des âges qui parcourt un labyrinthe sans fin et fait de nous des humains.

Là, chaque jour, nous parlerons les sept langues de la pensée joyeuse.

Là nous rirons les rires de l’enfant qui court sous la pluie d’été, afin que nos enfants ne vivent jamais au pays où il ne pleut pas.

Nous danserons les langages de l’homme à son levant.

Nous respirerons ensemble le parfum des émotions nouvelles.

Nous ferons musique aérienne et poussière de soleil des mots complexes et des idées savantes dont nous avons tous tant besoin pour sentir et comprendre le monde, et pour renvoyer à leur néant les morts-qui-parlent.

Ainsi, cette année, je te souhaite un voyage au cœur du langage, au cœur de la vie.

Que la vie te soit douce et pleine,

Je t'embrasse,
Michel

 

mardi 2 décembre

Chère Françoise,

Aujourd’hui, je n’ai pas le cœur aux métaphores définitives, aux formules finement ciselées, le cœur, je l’ai au bord des lèvres.
Les chiens sont lâchés.
Dans le Gers, plusieurs classes de collèges envahies de gendarmes, de chiens non muselés qui mordent les élèves, à la recherche de traces de chichon… Une enfant de treize ans fouillée, disons le mot, tripotée par une gendarme, devant les hommes qui l’accompagnent, les affaires des élèves répandues sur le sol et les gendarmes qui ne trouvent rien disant « tu peux ranger »… !

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/20/495235-Les-gendarmes-traquent-le-shit-dans-les-cartables.html

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/27/499588-Auch-Polemique-sur-les-controles-de-stupefiants-au-college.html

nouvel obs


Dans l’Isère, les policiers « accompagnent » un père à l’école pour ramasser ses enfants. Le soir même, toute la famille était dans l’avion, rafle à l’école et expulsion manu militari.
Un journaliste subit le sort commun de milliers de personnes chaque année : arrestation brutale devant ses enfants, menotté serré, bousculé, déshabillé, « fouillé au train » selon la suave expression des taulards, et soudain, chacun de s’indigner hautement, y compris le principal responsable de ces pratiques, le fin démocrate Nicolas Sarkozy.
Ce ne sont que les nouvelles des deux derniers jours. Nous vivons une société vomitive…
Ah, une bonne nouvelle quand même.
Le petit État du Costa-Rica se développe gentiment, comme il peut, mais en tout cas bien mieux que ses voisins, avec un taux d’alphabétisation enviable de 96%, un système de santé cahotant mais universel, etc… Comment finance-t-il tout cela ? C’est simple : Il a « aboli » son armée en 1948. Intéressant, non ?
Quelques détails sur :
http://www.liberation.fr/monde/0101270043-costa-rica-pays-sans-kaki
Une situation à creuser.

Bises

Michel



dimanche 16 novembre

Chère Françoise,

Au moment ou le PS nous joue "la nuit des coupe-papier" et nous donne ainsi à penser qu'il va bien falloir chercher ailleurs une voie pleinement politique vers le changement, je te joins un mot de passe, toujours d'actualité, de Benjamin Franklin :

« ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle pour acheter une sûreté passagère, ne méritent ni l’une ni l’autre. »

Et la photo qui va avec... piquée sur le blog de Cédric Foellmi, un astrophysiscien qui n'a pas froid aux neurones...

Je t'embrasse,

Michel


vendredi 31 octobre 2008
Chère Françoise,

Désolé d'avoir déserté "Lieux-dits" ces dernières semaines. Le poète a du travail par-dessus la tête : ateliers d'écriture, sortie de "Une fleur sur la neige", projet de spectacle où la poésie rejoint les arts numériques, projets de résidence, etc..., depuis que je suis à la retraite, j'ai plus de travail qu'avant...

Alors, un petit mot de passe d'Henri Michaux, en miroir du dialogue imaginaire que j'ai eu avec lui, pour mon site...

"Communiquer ? Toi aussi tu voudrais communiquer ? Communiquer quoi ? tes remblais ? – la même erreur toujours. Vos remblais les uns les autres ?
Tu n'es pas encore assez intime avec toi, malheureux, pour avoir à communiquer."

Je te tiendrai au courant de l'avancement des projets en cours, naturellement,

Amitiés,

Michel



MICHEL THION
Une fleur sur la neige

Il y a les personnages,

la femme :

Elle,
cheminant le monde
implacable et douce

l'homme :

Il vient
l'errant
Il vient sans cesse

le décor vivant, la Ville ;

La ville
ravinée
de solitudes

Chaque poème parle pour lui-même et, en même temps, porte sa part d'un récit humain.



Des images, comme des mots de passe, aussi.


dimanche 7 septembre 2008
Chère Françoise,

...Un petit mot de passe consolant en cette période de rentrée :

Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle pour l’éducation ? Ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre. (Jean-Jacques Rousseau)


Bises,

Michel


samedi 10 mai 2008
Chère Françoise,

Un petit supplément à mon dernier mot de passe :

La véritable école du Commandement est la culture générale. (Charles De Gaulle) - Extrait de "vers l'armée de métier" - Dédié à l'ignare fier de l'être qui nous gouverne.

Amitiés,

Michel


Jeudi 8 mai 2008
Chère Françoise,

Il y a un déjà quelque temps que je ne t'ai envoyé de mot de passe.

Pour me faire pardonner ce retard et fêter, enfin, le printemps, trois citations du grand Samuel Langhorne Clemens, plus connu sous le nom de Mark Twain. Par parenthèse, c'est une mine d'or que cet homme-là...

"Parfois, je me demande si le monde est gouverné par des gens intelligents qui nous trompent ou des imbéciles qui disent la vérité."

"Ceux qui sont pour la liberté sans agitation sont des gens qui veulent la pluie sans orage."

"Les gens de gauche inventent de nouvelles idées. Quand elles sont usées, les gens de droite les adoptent."


Amitiés,

Michel



mercredi 27 février 2008
Chère Françoise,

Pour ne pas donner raison à Heinrich Heine : Le tyran meurt en souriant ; car il sait qu'après sa mort la tyrannie changera seulement de mains, et que l'esclavage est sans fin.

Pour notre temps, d'une brutalité inouïe, il faut un mot de passe radical :

Il faut choisir : c'est la lutte finale ou la solution finale. (Rémi de Vos)

Je t'embrasse,

Michel


Samedi 23 février 2008
Chère Françoise,

Nous étions au bord du gouffre et nous avons fait un grand pas en avant...

T'en souvient-il ?

Je crois beaucoup au pas de côté, ces temps-ci, à tenter de penser autrement.

As-tu vu ce magnifique documentaire qui s'appelle "paysages manufacturés" ? C'est une incitation à voir le monde tel qu'il est, à en voir la laideur et la beauté, mais aussi et surtout à comprendre que si nous ne changeons pas notre façon de voir la planète, le genre humain n'en a plus pour très longtemps... Et pourtant c'est beau, vu par un photographe d'art...

Bises,

Michel


Michel Thion
Le pays où les enfants rêvent de mourir

Et quand je ne supporte plus la société des autres, il me reste ma maison pour être seul. Ici j'ai une place, gris sur gris, face aux miroirs de pierre qui me parlent, qui me disent l'avenir sans bruit, comme on chuchote au chevet d'un malade. Ils portent des traces anciennes de sang séché, un lichen ocre, couleur de la brume qui ronge lentement les murs de nos maisons. Les miroirs de pierre sont envahissants. À s'y regarder, on a une image de pierre et une pensée de pierre. Dans ces instants, le rire en perles graves et les danses maladroites des enfants retrouvent toute leur pesanteur immuable au fond de moi.

Photos de Frédéric Le Junter
Editions Castells

Voir aussi Eclats de lire


Vendredi 15 février 2008
Chère Françoise,

L'absurdité des temps est telle que je ne vois aujourd'hui qu'un mot de passe à te proposer :

L'homme qui va voter pour obtenir de bonnes lois est semblable à l'enfant qui va au bois cueillir de bonnes verges pour se faire fouetter. Les votards demandent la lune au candidat qui s'empresse de la leur promettre. Quand il est élu, il ne peut tenir sa promesse qu'en leur montrant son cul. (Garnier - de la bande à Bonnot)

Il nous reste à constituer un "réseau pensant" pour faire ensemble un pas de côté...

Amitiés,

Michel


mercredi 2 janvier 2008
Chère Françoise,


Pour 2008…

Ce serait l’année des oiseaux.

Le premier oiseau jaillira un jour de l'océan.

Il secouera l'eau de ses plumes et le sel de ses yeux. Il fera le tour de l'horizon dans un sillage de perles de brume, puis se dirigera vers le soleil.

Il découvrira la joie du regard.

 

Le deuxième oiseau sortira d'un volcan furieux.

Il crachera feu et fumée et des gouttes de lave brûlante et rouge sombre éclateront à l'extrémité de ses ailes.

Il planera un instant autour du panache de fumée noire du volcan, et puis il partira dans la nuit naissante.

Il découvrira ainsi le calme et l'incertitude ensemble.

 

Le troisième oiseau émergera de la terre.

Lentement, il déploiera ses ailes pleines de boue et d'herbes sèches, aveuglé par la lumière mais il se guidera au chant des insectes.

Il volera près du sol familier, se heurtera aux buissons, et puis, peu à peu, s'élèvera et tournera. Quand il s'écartera du soleil, il découvrira le monde dans sa soudaineté.

 

Le quatrième oiseau surgira de l'espace profond.

Un son grave et long, comme le rire d'un géant, l'accompagnera dans son vol. Il portera en lui le froid qui sépare les étoiles et l'air, sur son passage, laissera une traînée de givre.

C'est un oiseau de cristal et de poussière.

Sur la mer flottera un vaisseau dont les cordages sont faits de fils d'araignées.

 

 

Je te souhaite ainsi une année d’oiseaux et de regard.

Je veux dire une année où, tels les oiseaux de haut vol, nous ne détournerons pas le regard, où nous ne baisserons pas les yeux.

Je te souhaite enfin une année pour construire ensemble, selon l’injonction de Camus il y a cinquante ans, un indispensable « art de vivre en temps de catastrophe ».


Et que vive la littérature,

Amitiés,

Michel


1 janvier 2008

Chère Françoise,

En attendant des voeux plus circonstanciés, je te propose une image, qui résume assez bien ma pensée de ce jour, photographiée près de chez moi, en guise de mot de passe pour débuter l'année.

 

Amitiés
Michel

 

Chère Françoise,

"L'étranger", puis "le mythe de Sysiphe" ont été parmi mes premiers livres de chevet et le sont restés au fil des années. Camus dit le monde avec une émotion et une précision bouleversantes.

J'ai rencontré cet extrait de son "discours de Stockholm" :

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent, apprend bien vite qu’il ne nourrira son art et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les artistes ne méprisent rien, ils s’obligent à comprendre au lieu de juger.
(Albert Camus - Discours de Stockholm, 1957)

On ne saurait mieux dire quelle devrait être la position de l'artiste aujourd'hui.

Amitiés,

Michel


Chère Françoise,

En cette période où on me demande, où on demande aux auteurs, de faire des ateliers de biographie, d'autobiographie, où les gens devraient "se raconter", voire même "se découvrir", en ce temps où la répugnante "autofiction" n'est qu'un autocélébration narcissique,  où les "artistes" se servent de l'art pour réparer leurs blessures intimes en oubliant le monde, au lieu de le servir, cette citation de Sigmund Freud :

Qui veut devenir biographe s’engage au mensonge, à la dissimulation, à l’hypocrisie, et même à la dissimulation de son incompréhension, car la vérité biographique n’est pas accessible, et le fût-elle, on ne pourrait pas s’en servir. (Sigmund Freud - Lettre à A. Zweig du 31 mai 1936)

Amitiés,

Michel


Chère Françoise,

Trouvé aujourd'hui une bien belle injonction de Victor Hugo, toujours d'actualité, le bougre... !

Il faut traduire, commenter, publier, imprimer, réimprimer, distribuer, crier, expliquer, réciter, répandre, donner à tous, donner à bon marché, donner au prix de revient, donner pour rien, tous les poètes, tous les philosophes, tous les penseurs, tous les producteurs de grandes âmes.

Amitiés,

Michel


Chère Françoise,

J'ai rencontré ce texte d'une actualité sans faille :

Dedans c’est la fumée, dehors c’est la fureur.

On embauche les flammes pour la destruction des édifices. On embauche la bassesse humaine pour la destruction des fiertés. On embauche la bêtise et la veulerie dans un immense et composite outil. Et travaille dur cet outil, dur et insolemment, par-ci par-là avec des souplesses, puis de nouveau dur et impudent, lassant la résistance et développant un immense imbroglio.

Mais dur pour qui le subit. Et qui ne le subit pas ?

Le travail creuse, le crachat aussi.

Jusqu’où tomberas-tu ?

Jusqu’où fléchiras-tu, peuple méconnaissable ?

C'est bien ce qui nous arrive, non ?

C'est de Henri Michaux et ça date de ... 1943.

Amitiés,

Michel


Chère Françoise,

Devant la violence de la rentrée qui nous attend, je t'envoie deux citations d'actualité pour le prix d'une...

"Il faut redouter plus le silence des pantoufles que le bruit des bottes. (Liliane Korb et Laurence Lefèvre)"

et aussi :

"La démocratie est une technique qui nous garantit de ne pas être gouvernés mieux que nous ne le méritons. (G. B. Shaw)"

et puis, allez, en prime, pour détendre un peu l'atmosphère :

"
Le tango a dû être inventé par un indécis. (Félix Leclerc)"

Amitiés,

Michel


Bonjour chère Françoise,

De retour chez moi après une première opération de la hanche, bien ficelée et en bonne voie de rééducation, je travaille à mon atelier permanent de Lyon qui redémarre à la rentrée.

Je vous envoie donc comme mot de passe pour l'été, un poème arabe du 11ème siècle, de Nâshi, cité au 14° siècle par Ibn Khaldûn, où il donne sa définition de la poésie....

La poésie ce sont des vers dont on a redressé les premiers mots et poli toutes les parties

On en répare les fissures par les longueurs

On en soigne la cécité par la concision

On y réunit le proche et le lointain

On y joint les eaux dormantes et les eaux vives

Pour tout ce qui recèle des similitudes

On met le semblable avec le semblable

 

Voici un beau programme d'écriture.....

Amitiés,

Michel



Roger Lahu avait réagi à la citation précédente (A. Paraz) il y revenait dans une Fenêtre du mercredi 20 juin
DOIT ON MURER  CERTAINES FENETRES ?

Michel Thion nous répondait ceci:

...Qu'est-ce qu'une citation, pour moi : ce n'est pas une vérité, ce n'est pas forcément ma propre opinion, voici ce que j'en dis pour présenter ma page "citations" :

Le choix des citations présentées ici est personnel, subjectif et revendiqué comme tel. Elles ne représentent pas forcément mes convictions personnelles. Simplement, elles m'ont ému ou questionné ou fait rire. Comme le disait Walter Benjamin : " Les citations dans mon travail sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions. "

Cette phrase de Paraz, j'aurais pu l'écrire et je la revendique. C'est un homme de droite qui l'a fait, tant pis, cette pensée ne me semble guère celle de la droite que nos connaissons aujourd'hui...

Faut-il ne pas lire les écrits d'auteurs de droite ? Faut-il ne pas lire les écrits de droite ? Je ne crois pas. Il est important de savoir comment pensent ceux qui ne pensent pas comme nous. Il faut vérifier sans cesse la façon dont nous pensons, sous peine de n'avoir plus qu'une langue de bois, et donc, une pensée de bois...

Ma chère Françoise, c'est toi qui décide (tutoyons-nous donc, la vie en sera plus  souriante...), mais personnellement, je serai partisan de la conserver. En ce moment j'écoute Jacques Rancière sur France-Culture. Il cite Proust : "au royaume de la littérature, les intentions ne sont pas comptées"....

Si jamais tu décidais de l'enlever, pas de problème, c'est un choix personnel respectable et je ne suis pas sûr du tout d'avoir raison....

Dans ce cas, je te propose cette citation de l'essayiste Québécois Paul Chamberland : "Du fait de son hostilité à tout ce qui ne satisfait pas à l’impératif du groin, la société contemporaine pousse les individus à s’avilir réciproquement. C’est dire que, pour ne pas céder à un tel affaissement, il faut savoir et pouvoir résister. Résister et assumer sa dissidence. Qui le peut ?"

Amitiés,

Michel


Chère Françoise,

Un peu en colère ces derniers temps. J'ai relu le "discours de la servitude volontaire" de La Boétie, "y a-t-il un vie intellectuelle en France ?" de Milner, après les élections...

Alors je vous propose un mot de passe qui réveille :

Il faut que vous vous mettiez tous dans le citron  qu'il n'y aurait pas tant de laideurs dans le monde sans le consentement universel.  Dès que vous pensez : tel cloaque est bien assez bon pour ces gens-là, que ces gens-là soient d'un autre continent, d'une autre époque, d'une autre race, d'une autre planète, d'une autre classe, d'une autre religion, d'une autre langue, vous êtes un salaud. Et un salaud pas propre. Un vilain salaud. Un salaud dégoûtant. (Albert Paraz)

Amitiés,

Michel


Ma chère Françoise,

Il y a une mode de la "mémoire", ce qu'on pourrait nommer un "buzz mémoriel", et le nombre de livres et de spectacles qui sont des recueils de "récits de vie" va croissant. Selon les instructions officielles du Ministère de la Culture, la mémoire est un "Patrimoine, que les collectivités doivent valoriser"....

Faut-il y voir un parallèle avec la mode de la répugnante "autofiction" ?

Faut-il y voir une tentative de meurtre de la littérature ?

Je vous propose cette citation à propos de l'exercice biographique :

Qui veut devenir biographe s’engage au mensonge, à la dissimulation, à l’hypocrisie, et même à la dissimulation de son incompréhension, car la vérité biographique n’est pas accessible, et le fût-elle, on ne pourrait pas s’en servir. (Sigmund Freud - Lettre à A. Zweig du 31 mai 1936)

Bien amicalement    Michel Thion   

 

MICHEL THION
Le lieu d'être

Fragments nous sommes.
chercheurs d'autres fragments,

passeurs de fragments qui font mosaïque en nous,
pensées sans cesse partagée,

le lieu d'être est ainsi peint sur l'océan.

peintures de Anne Weulersse

Editions Castells


MICHEL THION
Le dit du sablier

(…)
L'eau coupante
comme un rasoir
seulement plus lente

(…)
Long stylet de fer
il, instrument taciturne
danse

(…)
Tendresse la nuit
vague de sombre sel
masque de vase
(…)

Voix d'encre


MICHEL THION
Traité du silence

À l'exemple de la musique, le silence est fait pour les différentes heures de la vie.

Le matin, il est rougeoyant des braises de la nuit, son éclat est sombre et déjà, en son coeur, il est cendre froide.

Le silence du soir est tremblant d'attente. Il accompagne les vengeances et les séductions. Quelquefois, pourtant, sa fièvre n'est que celle de l'observateur. On dit alors qu'il est inaperçu.

C'est la nuit que le silence déploie ses tentures les plus lourdes, ses longs velours d'orient, plis et replis, fastes et néfastes. Au fond, c'est la noce du silence et des ténèbres qui est l'ultime cérémonie.

Voix d'encre


MICHEL THION
Ils riaient avec leur bouche

"On va lui faire une piqûre de fourmi a dit l'un. L'autre il a fouillé dans mon oreille avec son couteau et c'était comme un grand soleil noir dans ma tête et mes pieds qui battaient par terre. Approche-le il a dit un le même mais plus pareil et puis j'ai vu les fourmis venir et maintenant elles sont dans moi et je les aime pas."

 

Cheyne éditeur