Mars 2006

 

roger lahu

Ouvre la fenêtre
février
janvier 2006

décembre, novembre 2005


PROPOSITIONS PREALABLES

Une image ça ne sait pas ça ne sait rien
***
Toute image est une légende
***
Regarder les images très longuement ou bien ne leur « jeter » qu’un « coup » d’œil
Cela ne change rien
***
Chaque image est saisissante
Certaines transissent
***
On n’a jamais pied dans une image
On peut se noyer

 


Samedi 1 avril


OMBRES PORTEES 11


Leur sillage aux jours
Leur perce aux jours
Qui tombent
La panse

Les regards se brisent et rouillent
Les corps s’affaissent
Les têtes soudain lourdes
penchent

on sent peser la Terre
et c’est trop
sur ses épaules

 

Francesco Gattoni


Raphaël Chipault

OMBRES PORTEES 12

Dernière image
Oh la dernière femme
Toute en douleur

Elle a levé la main
Elle s’est masqué un œil

La pierre oblongue
Lui fait un regard
De déesse éternelle

Ses lèvres lourdes et closes
Ne diront plus
Ni mensonges ni vérités

Elle se taira
Elle a appris
Elle sait

Elle pleure
en dedans


vendredi 31 mars

« Si l'on ne peut ou ne veut rien en faire, la liberté devient pure figure du vide. »
(C Castoriadis)


OMBRES PORTEES 9

Aucune voie tracée qui mène hors
Des jours
Cela peut s’appeler « nuit »

Aucune route immensément droite
Ne mène ailleurs
Cela s’appelle les « jours »

Partout de l’ombre
En amas grumeleux

Une flaque sombre accroche
Eperdument
Un éclat de lumière

Pour vous guider
Où vous n’allez pas

Lenhard


Antoine d'Agata

OMBRES PORTEES 10

Parfois soudain sans prévenir
Sans signe avant-coureur
Toutes les lignes tremblent
Devant nos yeux
Contours et formes sur
De longue date
Se plissent
S’effondrent

Le regard s’empoisse
Comme d’humeur grise

Ça se dilue
Ça se délite
Ça disparaît

On tremble
On ne sait pas
On ne sait plus


mardi 28 mars

OMBRES PORTEES 7

Roc comme gainé
De nuit d’autrefois
Atroce bloc d’éternités anciennes

La mer lèche
Vieille chienne pelée
Ce mystère

La femme assise
Elle regarde
La femme assise
Elle attend
La femme assise
Et son sac d’avenirs

Elle domine
Et l’instant
Et le roc
Et la mer

Elle est forte
La femme assise


Henri Cartier-Bresson

OMBRES PORTEES 8

D’un côté l’autre des barrières
De la vie
La vie
Bascule

Hors champla trace
D’un corps dessiné sur l’asphalte
Et flaques de sang
Qui reflètent ironiquement
Les lumières de la ville

Plein cadre
Les grands embrassements ordinaires
Des hommes
Dans les lumières des villes

Il n’y a pas d’erreurs
Cela peut arriver
Cela arrive toujours
La nuit
Dans les lumières des villes

Et toute vie bascule


dimanche 26 mars

OMBRES PORTEES 5

Partout c’est ailleurs faut-il
Aller plus loin toujours ?

On veut tous partir

Quelques planches
Et tentures mitées
Vous font un palais maure
Dans la lumière des nuits

Poussez la porte
Des déserts s’ouvrent

C’est ailleurs
C’est partout

C’est faux

Il faudra aller plus loin
Encore

 


Nabil Booutros


Caroline Chik

OMBRES PORTEES 6


Les nuits quand elles sont vertes
De ce vert étrange
Qu’ont les nuits
Certaines nuits
On peut lire son destin
Calligraphié
En peu de signes mais de lumière
Epars
Dans le ciel

Il faut savoir bien lire
Il faut savoir traduire
Et vite passer son chemin

Laisser derrière soi le monde
Se recourber
Et se fermer les pages obscures
Du livre des nuits

 

Mardi 21 mars

OMBRES PORTEES 3
Couloir des esprits

Ça brille oh
Ç a brille
Rien de mat
De rugueux
Ç a brille partout
Eclats glissants

On se raccoche aux mots
D’un monde
Noir sur blanc
Comme à une planche

Pour quelle survie
Parmi les ombres
Et les fausses brillances ?

On est déjà fantômes

Cécile Vesin


Paul Muse

OMBRES PORTEES 4
Certaines nuits des rois
Se glissent
Dans les lumières des villes

Ils ont des alibis
Tout préparés :

Ce n’étaient pas eux
Non non non ce n’ étaient pas eux
Juste leurs reflets
Dans vos regards
De chiens battus


Dimanche 19 mars

OMBRES PORTEES 1
Une femme nue ouvre quelle danse
Des mots à venir ?

Nue mais voilée de lumière et d’ombre
Son dos en arc
Ses hanches et son cul
D’une intolérable beauté
Ses jambes repliées comme détachées
Du corps
Un bras long serpente
Jusqu’aux cuisses
L’autre soutient la tête
De la dormeuse
Mais dort-elle ?
Ses yeux sont clos
Mais dort –elle vraiment ?
Je ne crois pas en son sommeil
Elle est bien au-delà du sommeil
Dans la lumière voilée
Elle est immortelle
Et rêve un autre éveil ?

Jean Topazzini


Jean Michel Sicot

OMBRES PORTEES 2
Dos tourné
Au noir
Bouche close
Nez affiné par la lumière crue
Yeux aiguisés
Il mesure
D’un geste sur
Il prend la mesure impossible
D’un ailleurs

Quand saura-t-il enfin ?
Que fera-t-il de ce savoir ancien ?
Quel assaut lancera-t-il ?
Quel pillage ?
Vers quelles pêches de quels miracles
Dirigera-t-il
Ses filets ?


Samedi 18 mars

JE NE SAIS PAS VOUS MAIS MOI
Sur cette fenêtre coutumière qu’est l’écran de l’ordi j’ai toujours une foultitude « d’icones » de « documents » (quand ils ont proliféré au point d’envahir tout l’écran je joue au mec organisé et crée des « dossiers » , nouvelles « icones » qu’ensuite je fais mine de ranger etc etc Bref , ne me demandez pas où est quoi depuis quand etc… )
En plus , il faut donner des « titres » à ces « documents » et à ces « dossiers » . Ce que je fais rarement . Ou alors de façon très … très ? … absconse !

Je viens de découvrir à l’instant un « document » (word) titré « UNE LOI POUR … »
Kesaco ? me suis-je demandé .
Ai donc « cliqué » (nous sommes tous devenus – contre notre gré ? – des cliqueurs fous )
Pour voir .

« Je clique donc je vois . » nouvel adage !
Chez certains c’est même « je clique donc je suis » (Descartes Descartes ! reviens ! nous devenons fous ! »)
Et j’ai lu :
Une loi pour enrayer la prolifération des textes
LE MONDE | 15.03.06 | 13h30 • Mis à jour le 15.03.06 | 17h21

Je n’avais pas été « plus loin » ou « plus avant » que ce TITRE là ! je n’en avais pas « copié/collé » plus .

Il m’avait suffisamment surpris et ravi (un comble pour un graphomaniaque !) que je n’avais pas eu le besoin d’en savoir plus long !


OUI OUI OUI ! ENRAYONS LES TEXTES !

« Commence donc à l’enrayer un peu ! » pourriez vous vous exclamer !

« La quoi ? ma fenêtre ? Mais une fenêtre , voyons , ça ne peut pas s’enrayer ! Juste se fermer ! »

« Alors , sois conséquent et ferme la ! n’en rajoute pas ! » , s’enragent certains .

« Ouh la ! je vous sens nerveux , là ! gardez votre rogne pour défiler demain ! »

(sur ce , je vais « cliquer » pour capturer de la zique en plein vol : garantie sans grippe aviaire et sans chik)


Pendant qu’on y est :

Une loi pour enrayer

LA PROLIFERATION DES ICONES SUR NOS ECRANS D’ORDI
LA PROLIFERATION DE LA GRIPPE AVIAIRE
LA PROLIFERATION DES CONTRATS POUR LE NON –EMPLOI
LA PROLIFERATION DES CHANTEURS FRANÇAIS –à-textes
LA PROLIFERATION DE SARKOZY
LA PROLIFERATION DES POETES PENDANT LE PRINTEMPS DES POETES (alors qu’on se les caille comme si c’était encore l’hiver)
LA PROLIFERATION DES LOIS POUR ENRAYER
Et surtout
LA PROLIFERATION DES MECS QUI RALENT CONTRE LES PROLIFERATIONS

Pour rester « textuel » , une petite vérification dans le Littré (on line ) (for course) , prolifération est ainsi environné :


PROLATION PROLÉGAT PROLÉGATION PROLÉGOMÈNES PROLEMME PROLEPSE PROLEPTIQUE PROLÉTAIRE PROLÉTARIAT
PROLIFÉRATION
PROLIFÈRE PROLIFICATION PROLIFIQUE PROLIGÈRE PROLIMNÉEN, ENNE PROLIXE PROLIXEMENT PROLIXITÉ PROLOGUE

PROLIFÉRATION, subst. fém.

A. BIOL. Multiplication, normale ou pathologique, d'éléments biologiques, d'une cellule, d'une bactérie, d'un tissu, d'un organisme; la masse tissulaire qui en résulte. Prolifération bactérienne, cellulaire, microbienne, osseuse. Dans tout organisme adulte, et même vieillissant, il subsiste une quantité d'éléments immortels, et qu'il suffirait d'isoler pour les amener à manifester leur pouvoir de prolifération indéfinie (J. ROSTAND, La Vie et ses probl., 1939, p.59). Mauvaise radio. La prolifération du tissu fibreux s'est considérablement accélérée depuis le dernier examen. Surtout poumon droit (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p.973). Les hideuses proliférations du cancer (BERNANOS, Mauv. rêve, 1948, p.1020).
P. métaph. C'est bien connu que je n'approuve pas les prix, que je les rends responsables de cette prolifération cancéreuse dont souffre la librairie (MAURIAC, Nouv. Bloc-Notes, 1961, p.270).


B. BOT. Apparition d'une production surnuméraire sur un organe prolifère; multiplication cellulaire rapide, qui ne s'accompagne d'aucune différenciation (d'apr. LITTRÉ-ROBIN 1865).

C. P. anal. Multiplication rapide et le plus souvent anarchique (d'éléments divers). Prolifération des armes atomiques. La prolifération de ses entreprises indochinoises avait engagé tout entier le groupe Ferral dans la pénétration commerciale du bassin du Yang-Tsé (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p.242). Il convient, en effet, d'éviter la prolifération de multiples petites organisations qui risqueraient de se gêner mutuellement, de susciter des rivalités et de créer la confusion (DE GAULLE, Mém. guerre, 1956, p.376).
P. méton. Résultat de cette multiplication. P. plaisant. Enfin un bruit de cataracte annonçait au monde étonné qu'Hubert Baudoin aurait bientôt achevé sa toilette et qu'il allait paraître au grand jour, le menton pur de toute prolifération superflue (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p.187).
Rem. Non-prolifération. V. non- II A.
Prononc. et Orth.: [ ]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1. 1842 bot. (Ac. Compl.); 2. a) 1869 biol. (LITTRÉ: la prolifération des cellules épithéliales); b) 1949 «multiplication rapide d'êtres vivants» (CENDRARS, Lotiss. ciel, p.189: la prolifération de la vie, totems, bêtes, serpents, végétaux...); 3. a) 1926 p.anal. «multiplication rapide et anarchique» (VALÉRY, Entret. avec F. Lefèvre, p.141: la prolifération des objets de pensée); b) 1963 la prolifération des armes atomiques (Le Figaro, 29 juill., p.3, col. 1 ds BLOCHW.-RUNK. 1971, p.425). Dér. de proliférer*; suff. -(a)tion*. Fréq. abs. littér.: 39.

 

« Apparition d'une production surnuméraire sur un organe prolifère »

Superbe definition de notre Epoque , NON ?


Vendredi 17 mars

l’art est un « traitement » du texte réel
il faut maltraiter l’art


ça ne fait mal à personne
ça ne fait pas de mal à l’art (ni de l’art)

désormais rien
ne fait « rien »
on peut à tout moment
appuyer sur la touche « suppr »

on peut copier/couper/coller
ça ne fait « rien »



 

bruissements foldingues
de fenêtres claquant à tous vents nouveaux
(même quand il n’y a pas le moindre « souffle »
D’air)

ÉTONNEZ-VOUS QU’ON RESPIRE MAL

(un jour , peut être , je « manifesterai »
derrière une banderole
« on veut …un peu d’air …. ! »)

(pas derrière une banderole contre – ou pour – un « contrat » quelconque
La vie n’ est pas un C DDD III PPP EEE
La vie n’est qu’une intermittence)

MAIS – ah ça non ! -
« pas d’intermittence d’air ! »

De l’air de l’air
Le reste on fera avec

« les moustiques piquent PREFERENTIELLEMENT
A l’aube ou au crépuscule » France Inter – Téléphone sonne pile poil now)

Les moustiques savent les bonnes heures
Celles où l’on respire mieux

J’espère que l’odalisque d’Ingres
Ne se chopera pas le Chik


mercredi 15 mars

Aujourd’hui j’ai reçu deux cadeaux : des photos en noir et blanc de la Loire en crue et le dernier bouquin de Jim Harrison « L’été où il faillit mourir »

 

 

 

Photo Anie Duval-Cade


Le livre de Big Jim s’achève sur ces lignes (en fin d’un texte autobiographiques intitulé TRACES) :

« …J’aime parler avec les personnes très agées, qui ne se font jamais prier pour dire que la vie passe comme un rêve. Un rêve est-il une fiction ou la « réalité » , ce mot malheureux et tout cabossé , une proie que nous nous croyons tenus de traquer , quitte à trébucher au cours de notre poursuite »

Je trouve que ces lignes « s’accordent » parfaitement à l’une des photos .

Peut être parce que le mot « proie » qu’utilise Harrison m’a fait penser à ce cri d’André Breton (qui autrefois m’avait spontanément enthousiasmé , sans que je comprenne profondément pour quelle raison) :

LACHEZ LA PROIE POUR L’OMBRE

Aujourd’hui j’ai fait quelques progrès : je sais que je ne comprends pas du tout ce que signifie cette invitation impérative (Breton était souvent impératif ! ça plait beaucoup quand on est jeunot les mecs impératifs ! impression qu’ils savent – eux ! - ) (c’est dangereux assez , ce goût de l’impératif , du slogan , de la déclaration fracassante : pardonnable dans la jeunesse mais fichtrement menaçant dans la bouche d’un adulte )


La proie , l’ombre ? la réalité , le rêve ? l’arbre , son reflet ?
Cela importe-t-il vraiment de distinguer aussi catégoriquement ?

Mots « cabossés » - comme le dit magnifiquement Harrison - par tant et tant d’usages .
Comme tous les mots . Cabossés à en perdre tout sens (où est l’endroit ? où l’envers ? )

Peut être ( tiens , pourquoi pas ?) est-ce la fonction d’un poème : décabosser momentanément les mots pourqu’ils signifient momentanément quelque chose .

Me souviens soudain de ces vers du vieux Verlaine :

« L’ombre des arbres dans la rivière embrumée
Meurt comme de la fumée
Tandis qu’en l’air , parmi les ramures réelles
Se plaignent les tourterelles »


La proie , l’ombre ? la réalité , le rêve ? l’arbre , son reflet ? l’extrème simplicité des vers de Verlaine trouble ces dichotomies . Oui oui , c’est bien ça , le poeme trouble notre perception , la perturbe . Foin des distinctions préétablies , des oppositions massives : tout se met à miroiter , à trembler , à s’évaporer , à se mêler .

ET ALORS ? me demanderez vous peut être QU’EN CONCLURE ?

Aucune idée !

Si ! peut être ça :


« un jour
Fusées sans carcasses
Nous irons aux étoiles »

(c’est un extrait d’un poème de Jim H .)

Et en attendant , se dire :

« Je suis Jim , au bon endroit , au bon moment »

(autre extrait d’un autre poème de Jim H )


Tant pis si à « cet » endroit et à « ce » moment on se sent « cabossé » : quelques bosses sur le fuselage d’une vieille fusée ne l’empêcheront pas de décoller !!!!


Lundi 13 mars

 

 

 

Photo Anie Duval-Cade


fenêtre paradoxale

fenêtre-cage
fenêtre desespérément close et enclose
fenêtre emprisonnée
fenêtre-prison

mais aussi ce bleu
mais aussi cette lumière
et ce ciel qu’on ne voit pas mais qu’on sent
grand ouvert
et surtout ce mur si blanc
qu’on pense à une page

la page aussi est une cage
et un ciel
en même temps

mais alors
un poème sur une page qu’est ce que c’est ?

les barreaux de la prison
et la lime