Le livre de Big Jim s’achève sur ces lignes (en fin d’un
texte autobiographiques intitulé TRACES) :
« …J’aime parler avec les personnes très agées,
qui ne se font jamais prier pour dire que la vie passe comme un rêve.
Un rêve est-il une fiction ou la « réalité » ,
ce mot malheureux et tout cabossé , une proie que nous nous croyons
tenus de traquer , quitte à trébucher au cours de notre
poursuite »
Je trouve que ces lignes « s’accordent » parfaitement à l’une
des photos .
Peut être parce que le mot « proie » qu’utilise
Harrison m’a fait penser à ce cri d’André Breton
(qui autrefois m’avait spontanément enthousiasmé ,
sans que je comprenne profondément pour quelle raison) :
LACHEZ LA PROIE POUR L’OMBRE
Aujourd’hui j’ai fait quelques progrès : je sais
que je ne comprends pas du tout ce que signifie cette invitation impérative
(Breton était souvent impératif ! ça plait beaucoup
quand on est jeunot les mecs impératifs ! impression qu’ils
savent – eux ! - ) (c’est dangereux assez , ce goût de
l’impératif
, du slogan , de la déclaration fracassante : pardonnable dans
la jeunesse mais fichtrement menaçant dans la bouche d’un
adulte )
La proie , l’ombre ? la réalité , le rêve ?
l’arbre , son reflet ?
Cela importe-t-il vraiment de distinguer aussi catégoriquement
?
Mots « cabossés » - comme le dit magnifiquement Harrison
- par tant et tant d’usages .
Comme tous les mots . Cabossés à en perdre tout sens (où est
l’endroit ? où l’envers ? )
Peut être ( tiens , pourquoi pas ?) est-ce la fonction d’un
poème : décabosser momentanément les mots pourqu’ils
signifient momentanément quelque chose .
Me souviens soudain de ces vers du vieux Verlaine :
« L’ombre des arbres dans la rivière embrumée
Meurt comme de la fumée
Tandis qu’en l’air , parmi les ramures réelles
Se plaignent les tourterelles »
La proie , l’ombre ? la réalité , le rêve ?
l’arbre , son reflet ? l’extrème simplicité des
vers de Verlaine trouble ces dichotomies . Oui oui , c’est bien ça
, le poeme trouble notre perception , la perturbe . Foin des distinctions
préétablies , des oppositions massives : tout se met à miroiter
, à trembler , à s’évaporer , à se
mêler .
ET ALORS ? me demanderez vous peut être QU’EN CONCLURE ?
Aucune idée !
Si ! peut être ça :
« un jour
Fusées sans carcasses
Nous irons aux étoiles »
(c’est un extrait d’un poème de Jim H .)
Et en attendant , se dire :
« Je suis Jim , au bon endroit , au bon moment »
(autre extrait d’un autre poème de Jim H )
Tant pis si à « cet » endroit et à « ce » moment
on se sent « cabossé » : quelques bosses sur le
fuselage d’une vieille fusée ne l’empêcheront
pas de décoller
!!!!