JANVIER 2006

 

roger lahu

Ouvre la fenêtre décembre, novembre


"La fenêtre n'est pas réelle encore mais sa promesse sera tenue. Parce que le monde existe et qu'il a les couleurs du large. Parce que l'aube ici est un appel de ciel et de vent frais."( La fenêtre Platonique )

.L'obscur vertige des vivants
Michel Baglin

Samedi 28 janvier ENFIN ! nous aussi !

Nous , je veux dire les habitants de mon coin de France , qui chaque année entendons parler d’un truc blanc qui , dit-on , tombe du ciel et recouvre tout . Il paraitrait, si j’en crois la rumeur , que ça s’appelle de la « nèje » -ou quelque chose comme ça -.
Mais « douceur angevine » oblige, nous ignorons tout de cette « nèje » là .

Or , ce matin , peu à peu , par ma fenêtre , j’ai vu qu’il tombait des trucs blancs , du ciel , et que petit à petit , ça recouvrait le sol , puis mon jardinet , puis peu à peu , O MAGIE , tout était tout blanc !
Même mon AX diesel habituellement « vert des isles » (du moins là où il n’y a pas des points de rouille et des éclats divers) .

Je me suis vite senti Jack London ! j’imaginais déjà le claquement du fouet pour faire avancer les chiens de traineaux ! j’avais un lourd fusil (à un coup) pour chasser le grizzly !
J’ai enfilé aussitôt ma tenue de trappeur . Ou ce qui peut en tenir lieu dans l’armoire d’un habitant du maine et loire : une vieille veste en velours , un sweet en dessus de la chemise et un pull en dessus du sweet (j’étais engoncé là dedans , je vous dis pas : silhouette d’ours ! ) , j’ai même trouvé un bonnet bleu (breton ) . Mais pas de gant , pas de bottes fourrées . Même pas de grosse écharpe de laine . Un foulard en soie « sauvage » (oui mes chers !) en a tenu lieu ! Et hardi donc ! direction les coteaux environnants . Les ceps des vignes , tout noirs et rabougris en cette saison , faisaient une fantastique calligraphie chinoise sur tout ce blanc .

Et ça continuait de neiger ! Je suis revenu avec des glaçons plein la barbe comme un explorateur qui aurait traversé le Groenland ! Que les défenseurs de nos zamis les bêtes se rassurent : j’ai pas vu de grizzly !

Bien évidemment , hypothétique ouvreur de cette « fenêtre » , si tu es savoyard ou vosgien , mon enthousiasme te semblera bien disproportionné . Tu es , toi , habitué à ce truc qui fait devenir tout tout blanc (et même , des fois , tu en as marre de tout ce blanc ) . Mais mets toi à notre place d’angevin ! c’est Noel pour nous ! le jour de l’An chinois qui plus est !

En allant chercher mes clopes au bistrot du village je suis même tombé sur une dizaine de gens qui faisaient une partie de boules de « Nej’ » effrénée en pleine rue , et pas des gamins ! que des adultes très adultes !
Toute cette neige ça leur avait réouvert la fenêtre (souvent obtruée d’ordinaire) qui « donne » sur l’enfance .

C’est tout bête pourtant , c’est que des petits trucs blancs qui tombent du ciel en Anjou !

Sur la place du Mail , par ma fenêtre à cet instant précis je vois deux gosses qui s’amusent avec une luge ! AH ! ça ! jamais les gros maronnier pépéres n’ont vu ça . Ou alors ça remonte à longtemps (il devait peut être même y avoir encore des ours dans la forêt voisine !) .

En tous les cas je n’ai cessé aujourd’hui de jeter des coups d’œil par ma fenêtre .
Peut être même avec les yeux brillants d’un gosse : « chouette ! ça tombe encore plus gros ! »

Tiens ! pour aller avec tout ce plaisir imprévu , je vais me relire ce texte de Brautigan que j’adore : « la plus petite tempête de neige jamais recensée » (il se trouve dans « Tokyo Montana Express » : un des meilleurs livres du grand Richard ) (dont un ami vient de m’envoyer une photo)

vendredi 27 janvier
POUR METTRE UN PEU DE COULEUR DANS UN JOUR QUI EN A MANQUÉ

Les Fenêtres
Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Quand chantent les aras dans les forets natales
Abatis de pihis
Il y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile
Nous l'enverrons en message téléphonique
Traumatisme géant
Il fait couler les yeux

Voila une jolie fille parmi les jeunes Turinaises
Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate blanche
Tu soulèveras le rideau
Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre
Araignées quand les mains tissaient la lumière
Beauté pâleur insondables violets
Nous tenterons en vain de prendre du repos
On commencera à minuit
Quand on a le temps on a la liberté
Bigorneaux Lotte multiples Soleils et l'Oursin du couchant
Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre

Tours
Les Tours ce sont les rues
Puits
Puits ce sont les places
Puits
Arbres creux qui abritent les Caresses vagabondes
Les Chabins chantent des airs à mourir
Aux Chabines marronnes
Et l'oie oua-oua trompette au nord

Où les chasseurs de ratons
Raclent les pelleteries
É tincelant diamant
Vancouver
Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit l'hiver

Ô Paris
Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Paris Vancouver Hyères Maintenon New York et les Antilles
La fenêtre s'ouvre comme une orange
Le beau fruit de la lumière


Guillaume Apollinaire: Ondes

 

(donne un petit bonjour/bonsoir de ma part à Roger dès qu'il ouvre à nouveau la fenêtre)

Jacques Josse

 

Mardi 24 janvier DEUX FENETRES SUR LE MONDE … quel Monde ?

La journée est finie . J’ai bossé convenablement , et assez ! Alors , je suis allé faire un tour sur le Web . J’ai été sur le site du « Monde » , pour savoir ce qui « s’était passé » aujourd’hui , dans le monde .
Je suis tombé sur une photo de fenêtres , avec cette « nouvelle » . Et les fenêtres et la nouvelle m’ont fichu le blues
. « encore et encore et encore la même histoire ! ça n’arretera donc jamais ! »

Dans la vallée de la Moselotte, entre Remiremont et Gérardmer, l'usine SEB, située sur la commune du Syndicat (Vosges), attend d'être fixée sur son sort. Comme ceux de Dampierre (Jura) et du Fresnay (Sarthe), ce site qui emploie 450 hommes et femmes et fabrique des grille-pain, grille-viande et fours, devrait être touché de plein fouet par le plan de restructuration que la direction du groupe d'électroménager devait annoncer, mardi 24 janvier, lors d'un comité de groupe, à Ecully, dans la banlieue lyonnaise.

Pour ces trois sites industriels, c'est une fermeture qui se profile — l'usine de Vernon, dans l'Eure, devant également être restructurée. Au total, SEB s'apprête ainsi, selon les syndicats, à supprimer environ un millier d'emplois en France, sur un effectif total de plus de 7 500 salariés.
" SEB, c'est de la désespérance. Tout le monde est K.-O.", résume Hervé Courrier, secrétaire départemental de Force ouvrière. "Que dire ? C'est l'abattement", confirme Pascal Maurice, délégué CFDT au comité européen de groupe. Durant ces années, nous avons tout accepté, la mobilité, les ramassages en bus à 2 heures du matin pour travailler à 4, les reculs sur les 35 heures, les pertes de salaire. Et voilà !"

Et puis , un peu plus loin j’ai lu ce titre :

« rester chez soi quand on est atteint du 4eme âge »

Et ça m’a interloqué , jusqu’à ce que je constate que j’avais mal lu et que le titre véritable était :

Rester chez soi quand on a atteint le quatrième âge

mais ça n’était pas plus gai ! être ou avoir « atteint » ce 4eme âge (drôle assez , non ? , qu’on donne à la vieillesse désormais des appellations de Blédine !) et « rester chez soi » , ça fout autant les boules . J’ai lu l’article , un tout petit entrefilet qui se terminait par une annonce pour un SALON BIEN VIEILLIR .


Je souhaite recevoir un dossier d’admission au salon Bien vieillir 2006,

l'événement grand public qui facilite la vie des personnes âgées et de leur entourage ( Paris Expo, Porte de Versailles à Paris)

Là , au bout de deux « fenêtres » seulement ouvertes sur le Monde , j’ai craqué !
Je sentais que la pression montait , comme à l’intérieur d’un cocotte minute SEB !
Et que j’allais exploser de rage .

Tant pis ! je n’aurais ouvert que deux fenêtres sur « le Monde » d’aujourd’hui !
Mais pas envie d’en savoir plus .

« assez assez assez et même trop »
(billet laissé par René Crevel avant son suicide)

Sur le site http://crevel.ifrance.com/ on peut lire ça (qui aide à soulager un peu la pression de la cocotte ) (mais pas tant que ça) (parce qu’on n’oublie pas que Crevel finit par « mettre fin » volontairement à ses jours !)


Les textes de l'engagement :

Il s'agit principalement d'articles, ou de pamphlets, rédigés par Crevel pour diverses revues. Néanmoins, deux récits de plus longue haleine, portent la marque d'un militantisme acharné : Les Pieds dans le plat, et un autre texte, interrompu par la mort de Crevel, qu'on a pris l'habitude d'appeler Le Roman cassé. Voici un virulent extrait des Pieds dans le plat :
Le capitalisme ne se suicide pas, on le suicide, et pas en soufflant dessus. Ses monuments sont mieux plantés en terre que la muraille de Jéricho des légendes. La chanson humanitaire que tant de dromomanes s'en vont chanter de par le monde, les petits cantiques du pacifisme bondieusard, voilà qui non seulement n'ébranlera point les pierres officielles, mais au contraire vise à cimenter d'opportunisme, de résignation, les moindres moellons, les plus infimes parcelles de ce qu'il s'agit d'abattre.
Le mensonge libéral, produit spécifiquement français, on sait ce qu'il vaut, ce qu'il nous vaut. On n'a pas oublié ce qu'il nous a valu. On peut prévoir ce qu'il nous vaudra. La France se pose en championne de la liberté individuelle, c'est-à-dire elle entend plus que jamais défendre la liberté de quelques individus, minorité d'exploiteurs dont le bon vouloir et les caprices ne demandent qu'à continuer de s'exercer aux dépens des exploités.
Si les exploiteurs n'aiment pas toucher au bas de laine, entamer le magot, (connais-tu le pays où fleurit l'avarice ?) ils sont, par contre, prodigues de belles paroles (connais-tu le pays où fleurit l'éloquence ?) Des mots, toujours des mots, des mots qui ont perdu toute valeur. On est en pleine inflation verbale. Cette fausse monnaie à peine fabriquée, son effigie prometteuse, déjà, s'encrasse. Ses traits s'effacent. Avec ce qui en demeure, on ne saurait reconstituer un visage. En parler bourgeois, rien n'a plus de sens, ne veut plus rien dire, ou plutôt n'a de sens, ne veut dire que par grimaçante, odieuse antiphrase.


Et puis je suis allé chercher via « images google » des têtes de « vieux » -(je dis bien « vieux , vieillards ») (pas pots de blédine !) qui n’iront jamais au « Salon du bien vieillir » et qui ne s’en porteront pas plus mal .


Dimanche 22 janvier FENETRES DANGEREUSES !

La pseudo “Maison du Futur” http://www.w3sh.com/
Voici un projet intéressant. Une maison dans la ville de Sheffield en Angleterre a été l’objet d’un projet expérimental. Comment? Tout simplement car elle a été designé comme “Maison du Futur”. En effet, le Project LIFE permet à une famille d’habiter pendant 6 mois dans cette maison qui intègre des innovations technologiques majeures. On notera les fenêtres qui se nettoient toutes seules, une machine à repasser automatique, etc…

Cette « information » me laisse perplexe.
Ces fenêtres qui se nettoient toutes seules m’inquiètent même assez . Et si ce n’était qu’une première étape ? et si ensuite venaient les fenêtres qui s’ouvrent et se ferment selon leur bon vouloir ? les volets qui décident d’eux-mêmes si il fait jour ou nuit , soleil ou temps gris ? les portes qui décident par elles mêmes si elles vous laissent ou non pénétrer dans votre maison ?

Je me méfie toujours des « innovations technologiques majeures » .

Tenez celle là par exemple , sans savoir en quoi elle consiste , elle me fiche carrément une trouille bleue ! Peut être ai-je trop d’imagination ?

Magic-T de ligne microruban à fenêtre couplêe
Une des tendances actuelles de la conception de circuits de micro-ondes est de recourir encore davantage à la technologie d'un ensemble de circuits imprimés à multiniveaux. Une des applications d'un ensemble de circuits à multiniveaux est possible pour les ensembles d'antennes planaires par étapes. Pour contourner le problème de perte d'énergie et réduire les dimensions des composantes, on a inventé un MAGIC-T imprimé et unique qui peut être directement intégré au circuit à multiniveaux.

 


Et cette autre « avancée technologique »

- Des fenêtres qui produisent du courant électrique
Au Japon, les piles solaires s'immiscent jusque dans les fenêtres des bâtiments. On peut désormais voir et se chauffer grâce à l'électricité produite par les vitres.
La plupart des piles solaires sont fabriquées à partir de feuilles de silicium monocristallin extraites d'un lingot et difficiles à travailler. Les piles au silicium amorphe, quant à elles, sont obtenues par la méthode dite "de dépôt chimique en phase vapeur" (DCV). Celle-ci consiste à créer un film en déposant un composé de silicium à l'état gazeux sur un support de verre, avant de le percer de trous. Le DCV se caractérise par une grande malléabilité lors de sa mise en oeuvre et a l'avantage d'offrir un silicium plus lisse que celui extrait des lingots, ce qui permet de ne pas obstruer le passage de la lumière. On utilise un support en plastique pour l'opération, qui a lieu à faible température (300 C°). Les piles solaires sont ensuite appliquées sur des parois qui peuvent être incurvées. Fuji Electric a ainsi conçu l'an dernier une pile cousue sur des vêtements et destinée à recharger les téléphones portables.


Aie aie aie ! imaginez vous , un beau matin , le soleil peine un peu à se lever , mais il y a juste quelques éffilochures oranges à l’est qui laissent présentir qu’il va y arriver . Vous voulez ouvrir votre fenêtre et VLANG vous prenez une décharge électrique mahousse dans les paluches (une « bonne chataigne » disait mon vieux père quand il était monteur-électricien) et la fenêtre vous crache au nez une giclette de « dépôt chimique en phase vapeur » ; Vous poussez un grand cri ! vous vous renversez votre bock de café sur les arpions (ça vous apprendra à vous balader pieds nus !) , re-hurlements ! ça effraye le chien du voisin qui se fout à hurler à la mort ! la vieille voisine d’à côté ayant écouté Sarko la veille sur TF1 et l’A2 et FR 3 et M6 et même sur une chaine de Mongolie extérieure (elle a une parabole) croit à un attentat terroriste majeur ou à un déferlement de racaille et appelle pompiers , SAMU et gendarmerie !

Bref une journée qui démarre mal !

FAUT TOUJOURS SE MEFIER DES FENETRES !


Dès que votre enfant est en âge de comprendre, mettez-le en garde face au danger d’une fenêtre ouverte.


Ce n’est pas moi qui le dit , c’est le site de l’Assistance Publique des Hopitaux de Paris !


Vendredi 20 Janvier LES VITRES CASSEES DES FENETRES D’HIROSHIMA

Discours de Jacques Chirac
[19 janvier 2006]

« Face aux inquiétudes du présent et aux incertitudes du futur, la dissuasion nucléaire demeure la garantie fondamentale de notre sécurité. Elle nous donne également, d'où que puissent venir les pressions, le pouvoir d'être maîtres de nos actions, de notre politique, de la pérennité de nos valeurs démocratiques »

« pérennité » ? vous avez dit « pérennité » ????

La Bombe atomique garante d’une quelconque « pérénnité » d’une quelconque valeur , c’est tout de même pousser le bouchon – et le sens du paradoxe !- assez loin ! (et gare au « pop ! » de ce bouchon là !)

En tous les cas la Bombe Atomique , c’est pas bon pour
la « pérennité » des fenêtres


Hiroshima 6 Aout 45 : plus une seule fenêtre intacte !
(et quelques morts )
(et quelques uns qui mourront plus tard )

Et pas de bol ! plus de fenêtres et il s’est mis à pleuvoir


PLUIE NOIRE


And it's a hard, and it's a hard, it's a hard, it's a hard,
And it's a hard rain's a-gonna fall.

Bob DYLAN

Jeudi 19 Janvier

VU DE LA FENETRE DU TRANSMONGOLIEN : DE TOKYO A PARIS, UNE TRAVERSEE AU COEUR DE LA PSYCHIATRIE DES NATIONS.

transmongolien et visa mongol

Bonjour à tous !

Je pars en Mongolie cet été et je me demande combien coute le trajet Pékin/Ulan bator avec le transmongolien et si c'est compliqué de se procurer un billet pour ce trajet ?? Sinon, est-il plus simple et moins cher de prendre un autre train ou bien un bus ?

My camera is sending the street scenery
from my window in Yokohama, Japan,
updating every minute when it is online.

La lune et le voleur

Ici, vous pourriez rêver autour (par exemple) d'un poème du moine Ryôkan (1757-1831), évoquant une autre ouverture, un autre passage entre un lieu fermé et le paysage
: "Le voleur
m'a tout emporté, sauf
La lune qui était à ma fenêtre."

La lune appartient à qui la regarde, mais nul ne peut l'arracher aux autres. Elle n'est ni dedans, ni dehors. Qui la voit la situe à la fenêtre. Gilbert Lascaut

Les voleurs de Lune
Ensemble de percussions

Nous n’avons pas demandé la lune, nous l’avons volée. Vous savez, l’astre joufflu dont parlait Nougaro. Durée totale : 1h20 sans pause

 


je me sens tout piètre !
JE NE SUIS PAS DANS LE TRANSMONGOLIEN
JE NE SUIS PAS A YOKOHAMA JAPON
JE NE SUIS PAS UN VOLEUR
JE NE SUIS PAS SUR ni dans LA LUNE ni n’en ai dérobé le moindre croissant !

Par ma – vraie – fenêtre , d’où je suis assis , je n’ai en guise de lune
Que le cadran vaguement éclairé de l’horloge du clocher

J’ai une soudaine envie de Trans… quelque part !

Lundi 16 janvier
" me revoilà à peindre des signes dans la fenêtre de la page, et je ne sais jamais bien à l’avance, ouvrant grand les battants, ni ce que je verrai ni ce que j’en retiendrai (…)
"

Jean Christophe Belleveaux (Extrait d’un recueil à paraître aux éditions « Carnets du Dessert de Lune » : « Quadrature du cercle »)


Oui !

C’est cela l’écriture d’un poème .


Tenter d’ouvrir une – ne serait-ce qu’une seule - fenêtre latente DANS le blanc de la page , sans savoir « à l’avance » si « ça » va s’ouvrir , si ça va béer , si il y a de l’air libre au-delà de
Ou si ……… volets blindés !

Oui !

Ecrire « des signes »
« faire » signe
Signer
Le bas de la page
Même d’une seule croix

Comme on dessine de vagues guignols ricanants
Sur la vitre d’une fenêtre embuée

Buée de la page
Croix maladroite « tracée »
En bas

Juste une petite croix

Juste pour dire que ….

Pour dire quoi ?

La prochaine fois – je le promets – que je serai devant une vitre embuée
Je dessinerai
Une fenêtre

Dimanche 15 janvier UN AVENIR « dans » LES FENETRES ?

Il y a quelques jours , dans mon collège , tous les proviseurs de Lycée Professionnel de la région sont venus présenter leurs établissements et leurs « spécialités » aux élèves de Troisième . Pour les aider à peaufiner leur « Projet d’Orientation » . (on « projette » énormément depuis quelques années dans l’Educ Nat ! on projette à tout va ! moins on sait où on va plus on demande de se « projeter » !) .

Chaque proviseur avait son ordinateur portable et pouvait ainsi « projeter » (et oui ! encore !) un diaporama maison sur son bahut ! L’un d’eux , très volubile , vanta à un moment avec conviction et fierté une formation CAP BAP métallurgie spécialité aluminium . Il montra alors des cadres de FENETRES et des vérandas pensant soulever l’enthousiasme des gamins en leur précisant que cette formation assurait de bons débouchés.

J’ai regardé autour de moi mais visiblement la perspective de fabriquer des fenêtres, même en aluminium , ne semblait alléchante aux yeux d’aucun gamin . Emilie la pipelette papotait tranquillement avec deux copines , Sarah la minette échangeait des messages par pieds interposés avec son voisin , Benoit ne semblait pas plus réveillé que d’ordinaire etc etc .
Je suis sûr que certains regards étaient dirigés non vers l’écran où étaient projetées les images d’avenir en aluminium radieux mais , grand classique de l’Ecole depuis qu’elle existe , vers les … fenêtres de la salle , vers dehors , vers ailleurs .

La sonnerie salvatrice fit s’échapper toute la volière dans un grand pépiement de soulagement …
par la … porte bien sûr car mon collège est un petit établissement rural assez calme où les enfants passent encore très sagement par les portes !

Plus tard dans la journée j’ai dû reconnaître que , ma foi , je me sentais mieux parmi ces Emilie , Sarah ou Benoit , qu’entouré de fenêtres , même en aluminium !

Vendredi 13 janvier LES FENETRES D’ANGELLE


De temps en temps j’aime flâner sur le Web . Pas « surfer » (les connotations sportives de ce verbe m’irritent assez) . Non , flâner . De ça de là . Surtout sur les petits sentiers où le hasard, seul, guide ma déambulation .
J’y fais régulièrement des trouvailles précieuses .
Glanage aleatoire . Sans idée pré-conçue de ce qui va être trouvé .
Mais j’avoue que depuis quelque temps je collecte surtout … les fenêtres !

J’en ai récemment trouvé quelques unes qui m’ont énormément plu .
Sur un site appelé BERLUETTE , écritures visuelles http://berluette.free.fr/
Dans les « galeries » de « photos , peintures et dérives » j’ai été littéralement scotché par les images d’Angelle , une photographe .


De son projet , elle écrit ceci :

"Le sujet de cette quête photographique en solitaire : les maisons en voie de disparition, en milieu rural ou dans les banlieues en mutation. Dans ces intérieurs abandonnés, souvent dévastés, je me suis particulièrement arrêtée sur les traces d'occupation en lutte avec les outrages du temps — que la faute en soit aux intempéries ou aux interventions humaines postérieures (saccage méthodique des démolisseurs, jeux d'enfants qui en font leur terrain d'aventures, installation de clochards furtifs, voire détournement artistique par des squatteurs-récupérateurs)."


Et elle ajoute :

« Parler en lumière de la fuite du temps, ce qui constitue pour moi la matière essentielle de la photographie »

Paradoxe : en captant la fuite du temps dans ses photos Angelle l’arrête . Définitivement .
Le temps désormais est stoppé .

Des fenêtres qu’elle a photographiées resteront définitivement ouvertes ou fermées . Elles laisseront passer , à jamais , la même lumière .
.

Longtemps après que les maisons auront disparu , leurs fenêtres resteront .
Et nous serons quelques uns à nous y pencher .


Jeudi 12 Janvier

Décidément ce temps de plomb gris jour après jour commence à me pomper
L’air , l’énergie
Et même , mes fenêtres !

On ferme de plus en plus tôt les volets pour ne plus voir ce dehors si gris

Tiens ! et si « VOLET » au lieu de « FENETRE » ?

 

1. Panneau plein ou ajouré, s'ouvrant et se fermant à volonté, qui protège, en dedans d'une pièce, une fenêtre, son châssis, ses vitres et garantit du soleil, de la chaleur, des indiscrétions. Volet brisé. Avec ces volets intérieurs, dit Alvear indifférent, on ne voit absolument pas notre lumière du dehors (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 701). Je (...) laissai retomber le volet du hublot sur une lumière trop crue (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 202).
P. métaph. Assis, le front dans la main, il cherchait parmi des copies aux noms maintenant visibles, une fois enlevé le volet de l'anonymat (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 453).
Arg., pop. Mettre le(s) volet(s). Fermer les yeux. À peine je mets les volets, voilà qui commence un potin qu'on vient sourd (MUSETTE, Cagayous poilu, 1919, p. 6).

(cette acception là du « terme » « volet » me réjouit assez ! elle met une sorte de couleur vive dans le gris du jour d’au-delà les fenêtres) (derrière les volets)


HIST. Pièce d'étoffe flottant au vent, que les chevaliers portaient au cimier de leurs casques, dans les tournois (d'apr. LELOIR 1961).

 

Tiens ! me dis je ! des volets chevaleresques !
Alors illico je mène enquête sur Nenet ! et OH MISERE ! je retombe sur le gris plombé de la réalité

chevalier-sa

Mariage parfait du volet roulant et de la fenêtre. Sécurité et confort. Protection de votre intimité et de vos bien. Sur-mesure ...
www.chevalier-sa.fr/volets_roulants.php - 5k - En cache - Pages similaires
[ Autres résultats, domaine www.chevalier-sa.fr ]

Le Réel n’est décidément pas « chevaleresque »

On retombe vite dans le Gris et dans la Marchandise
(c’est la même chose , non ? même si les « marchandises » de nos jours se parent de couleurs vives pour mieux aguicher le badaud !)

toile de Vincent Bateau

Mercredi 11 janvier
UNE FENETRE PEUT VOUS FENDRE LE CŒUR

Je viens de recevoir une photo .
Photo d’un tableau .
Tableau d’une fenêtre, d’une porte , d’une table , d’un fauteuil .

Cette fenêtre , cette porte , cette table , ce fauteuil avachi , je les connais depuis plus de 30 ans . Je les aime énormément . Ce sont de vrais vieux amis . On a beaucoup de souvenirs en commun eux et moi . Des bons et des mauvais . Très bons et très mauvais .
Cette fenêtre , maintenant , la regarder me fend le cœur .
Car je sais que bientôt je ne la verrai plus .
Plus jamais .

Nos vies se sépareront , malgré nous .
Ca fait un mal de chien de penser à ça .

C’est dur de se dire qu’on ne verra plus jamais le matin se lever par une « certaine » fenêtre , qu’on n’ouvrira plus jamais une « certaine » porte (peut-on garder longtemps le souvenir de la pierre d’un « certain » seuil ? )

Et ça n’est pas le temps de merde qu’il fait depuis le début d’année qui va me consoler de cette perte annoncée !


Mardi 10 janvier
des fois
y a p'us d'fenêtres
c'est tout clos (touklo ?)

ciel de plomb in & out

volets fermés

Dimanche 8 janvier. Pêche à la fenêtre
ça serait – on dirait ça pour commencer : « ça serait » -
(pour commencer c'est-à-dire pour appâter-
parce que si on n’appâte pas on n’a pas de touches )

ça serait une fenêtre-appât

on la jetterait
la fenêtre-appât

par la fenêtre
dans l’eau du ciel

et puis on attendrait
- faudrait avoir la patience pour attendre que ça morde -

 

on aguicherait en donnant des petits mouvements souples
au « flotteur »
- tout un art ça : retenir le flotteur
façon que le bas de ligne joue un peu
dans les fonds –

on regarderait avec beaucoup d’attention
le moindre mouvement
des nuages
dans l’eau du ciel

et
hop

on ferrerait
au « bon » moment

ah la la
on s’en ferait de ces fritures
dans l’eau du ciel

si on savait bien appâter
depuis nos fenêtres

au matin

mais « des fois »
on aurait des jours

« bredouille »

(PS : dédie ce texte à "Jean le chasseur")

Samedi 07 JANVIER
AUX FENETRES ENVOLEES !

07/01/2006 18:38:35

Comme tous les jours je vais du côté de Portnawak et aussi je vais jeter un œil par « ma » fenêtre aux Lieux Dits
Là amusé je constate que ma fenêtre d’hier est datée du 6…. Décembre et que celles ouvertes en cette année neuve de 2006 ont toutes été emportées « de ça de là » pareilles à des …. fenêtres mortes . Ce qui ne me déplait nullement, bien au contraire . Il n’y a aucune raison pour qu’une « fenêtre » - surtout de mots - ait plus de stabilité et de permanence qu’une feuille .
Et , de plus en plus jovial , je constate que le texte de la dite fenêtre du 6, janvier devenu décembre , se bloque soudainement . Impossible d’aller plus loin que :

elle manque d’air
elle ahane presque suffoque

le mot &…


Ce qui est pure merveille ! la suffocation évoquée , le manque d’air , aboutit « réellement » ( ???!!!) sur l’écran à une extinction totale …. de quoi ?
De voix ? mais laquelle ? (je suis allé au-delà de ce & ….)
Qui /quoi s’est ….. éteint ? rebiffé ? refermé ?

Oui vraiment pure merveille que cette « fermeture » soudaine
D’une fenêtre de mots
A peine … « éclose » ?

07/01/2006 18:47:26 : je note minutieusement la date et l’heure de cette fermeture/disparition parce que , sans doute , ma webmastrice préférée risque de « réparer » ça d’ici peu
En tous cas quand elle recevra
Cette fenêtre ci
Du 07/01/2006 18:49:02


Vendredi 6 décembre

«la fenêtre est ouverte
la fenêtre est fermée »

quand tu dis un mot
il meurt
entre le laps de souffle
où tu inspires / expires
il meurt

le mot « fenêtre » par exemple le temps
que tu le dises
s’est refermé

elle est fermée la fenêtre

de ton souffle

elle manque d’air
elle ahane presque suffoque

le mot « fenêtre »
a perdu
toute efficience

quand tu l’as « dit »

(même si ce n’était pas « ça »
que tu « voulais » dire
c’est « ça »
rien
que « ça »
que tu peux dire)

ou « quelque chose comme »
ça

comme le mot « fenêtre »
par exemple

la fenêtre murée
des mots ?

 

jeudi 5 janvier « qu’est ce qu’une fenêtre ? »

On voit décidément le Monde par le petit bout de ses lorgnettes-œillères-préjugés-acquis-références etc bref , par ses fenêtres internes ! (œil de bœuf et baie vitrée , vasistas antique ou fenêtre en PVC etc etc) .

Ma fille fait des études de philosophie .
C’est sa fenêtre à elle .
Ces derniers jours elle préparait une « leçon » d’agreg dont le sujet était : « qu’est ce qu’un évènement ? »
On en a papoté au téléphone .
J’ai un peu gambergé sur ce sujet , ma foi assez passionnant .

Aucun philosophe ne m’est « venu à l’esprit » , aucun scientifique non plus , aucun historien etc etc mais :
Le mot « happening » et John Cage et Pollock (et quelques autres)
Un refrain de Dylan : « something is happening but you don’t know what it is … ; »
Et puis soudainement l’image de Fabrice Del Dongo à Waterloo dans “La Chartreuse” pourtant pas relu depuis des lustres) .
J’en ai touché deux mots à ma philosophe de fille .
« J’y avais pas pensé » qu’elle m’a dit , ma philosophe de fille .


Forcément ! nous n’avons pas les mêmes « fenêtres » (de tir sur le Monde ? )

Me suis alors dit que , finalement , quand nous parlons entre nous , nous ne parlons jamais de la même chose .
Nous sommes accoudés à nos fenêtres et de là nous percevons « un » monde .
Nous ne pouvons pas savoir quelle allure il a , « le » monde , vu d’une autre fenêtre .

En fait, « le » monde, il n’existe pas .

Nos fenêtres , oui ! , elles , elles existent .

« qu’est ce qu’une fenêtre ? » : ça serait un excellent sujet de « leçon » d’agrégation !

Mais je ne vais pas m’inscrire ! les trois neurones qu’il me reste et leurs connexions aleatoires ne suffiraient pas !
Et puis se mettre à chanter (faux) : « something is happening but you don’t know what it is … » de Dylan en guise d’introduction à une leçon d’agreg , je crois que ça ne se fait pas !

 


2 janvier 2006

LA POESIE EST UNE FENETRE (plus ou moins propre)
OUVERTE (plus ou moins grand)
SUR LE REEL (et des fois «
le vent souffle par rafales »)


2 janvier 1964

Le vent souffle par rafales, il me fouette le visage et s'engouffre dans ma tête avec la fureur des griffes d'un tigre, il fait claquer violemment le store... Voilà j'ai fermé la fenêtre crasseuse, c'est terminé. Et bordel, c'en est aussi terminé et bien terminé des fêtes de fin d'année, fini Noël, fini le réveillon de la Saint-Sylvestre, et à présent je vais mieux, presque aussi bien qu'ils prétendent l'être, ces cœurs de pierre, ces tessons de bouteille, ces requins, et puis cette femme du dessous qui n'arrête pas de donner des coups au plafond avec un manche à balai parce que ma machine à écrire la dérange, ça détraque le rythme exotico-javanais des hautparleurs de sa télé! Ouais, c'est un sacré foutu merdier, et ça continue. Wow...! Flâner en ville... Prendre un café. Écrire des lettres à des femmes de Sacramento... Une autre cigarette. Un parlement. Vivre avec un cancer. Je serai désolé. Je le serai. Je me souviens d'une lecture de, de... merde, c'était pourtant l'une de mes préférées, je n'arrive pas à m'en souvenir... ah si, Knut Hamsun, un bouquin dont l'histoire se passe dans une maison de cinglés et l'un des patients, qu'ils avaient appelé le Suicidé, parce qu'il n'arrêtait pas d'en parler, et un jour l'immeuble a pris feu, et qui s'est ramené les larmes aux yeux en rampant comme un escargot près du tuyau? Bien sûr, le S.
Bien... il y a eu suffisamment de vent en ce début d'année 64. [...]

( Charles Bukowski – Correspondance 1958-1964 – Grasset) (cadeau de mon gars pour Noel)

Lisant cette lettre du grand Buk , j’ai tilté sur la date (2 janvier : aujourd’hui) et sur la présence d’une fenêtre !
J’aime beaucoup, depuis longtemps , la poésie de Bukowski , pourquoi ? peut être parce qu’il dit des choses comme ça :

dès la premiere lettre (1958) cette déclaration que je signe à deux mains

"la poésie ça ne relève pas de l'imaginaire mais du réel" .

et aussi ces deux citations (à la fois drolatiques et grinçantes) :

"le fait que tous les poètes du monde entier soit des alcoolos est une foutue bonne indication sur l'état de ce monde " (lettre de 1961)


"je pense que la poésie , bonne ou mauvaise , est la seule activité qui puisse m'empêcher de devenir encore plus fou .je pourrais payer pour écouter un psychiatre me dire ce que je raconte là et l'on se sentirait mieux tous les deux . Seulement lui il se sentirait mieux que moi, parce qu'il aurait eu mon fric et une jolie secrétaire qu'il mate quand elle passe dans son cabinet et qu'il baise ..." (lettre de 1964)

(Note : cherchant une photo de Bukowski sur Nenet , je tombe par hasard sur une « fenêtre » peinte par un certain Pïotr …..Bukowski : ce genre de hasard me ravit toujours)


1 janvier 2006 PREMIERE FENETRE DE L’ANNEE


Je trace juste le cadre
A vous d’ouvrir cette fenêtre
Ou plutôt
A vous d’y mettre le paysage de mots ou d’images ou de sons
qui vous plaira

Et faites le moi suivre si vous le voulez

 

 

Précision : Ce n’est pas par flegme (ou suite à une gueule de bois tenace !) que je « n’ouvre »rien , mais parce qu’en ce Jour 1 de l’année , je ne veux pas mettre des traces de mes doigts sur cette fenêtre , pour la laisser toute propre !

roger.lahu@wanadoo.fr