JEAN-JACQUES DORIO

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22 POÈMES DES TAROTS DE MARSEILLE

& LA DERNIÈRE CARTE


LAMES MAJEURES

Como un solo río interminable bajo arcos de siglos fluyen las estaciones y los hombres hacia alla, al centro vivo del origen, más alla de fin y comienzo...

Octavio PAZ El cántaro roto


Les saisons et les hommes coulent comme un seul fleuve interminable sous les arches des siècles, vers le centre vivant de l’origine, au-delà de la fin et du commencement...

jj dorio



La Papesse l’Impératrice, le Bateleur… les connaisseurs du jeu des tarots de Marseille, auront reconnu les figures de ces cartes mystérieuses.

J’avais dans des exercices mi-oulipiens*, mi-surréalistes**, dans la jubilation et la complexité, battu et rebattu les arcanes majeurs du jeu de Marseille imprimé par le maître cartier Nicolas Conver en 1761.

Tableautins fascinants, ces 22 lames majeures suscitent un imaginaire porteur d'un palimpseste qui croise références poétiques, interprétations plus ou moins symboliques, alliances, rejets des mots, et le reste...

22 ans ont passé et je ne reconnais plus trop ces écritures, demeurées depuis, comme beaucoup d’autres, dans quelque arche oubliée de ma bibliothèque. 

Un autre que moi avait raconté, un soi beaucoup plus iconoclaste et qui laissait courir volontiers les mots et leurs incohérences…

Ce matin j’ai à nouveau brisé la cruche et recueilli sur la toile cabalistique ces quelques gouttes échappées de l'art des signes et des tarots.


Jean Jacques DORIO
Martigues 8 janvier 201I

* Le château des destins croisés, Italo Calvino
**Arcane 17, André Breton

   

Comme dans La Marelle de Julio Cortazar, il est proposé au lecteur un

MODE D'EMPLOI

On peut en cliquant sur chacune des cartes accéder au poème correspondant de JJ Dorio, ou suivre l'ordre qu'il nous propose:


TITRES ET NOMS DES ARCANES MAJEURS

avec leur numéro

1  LA PAPESSE TARA HUMARA  (La Papesse II)

2  L’IMPÉRATRICE ET L’HOMME PERDU  (L’ Impératrice III)

3  MOMO LE BATELEUR  (Le Bateleur I)

4  LE JUGE MENT  (Le Jugement XX)

5  LA CARTE DU DIABLE  (Le Diable XV)

6  CHUTE DE LA MAISON DIEU  (La Maison Dieu XVI)

7  LE SOLEIL PÉRIDOT  (Le Soleil XVIIII)

8  FIN DE PARTIE POUR L’EMPEREUR  (L’Empereur IIII)

9  LE MONDE DOUBLE  (Le Monde XXI)

10  LA MORT NEGRA  (L’Arcane Sans Nom XIII)

11  LE DILETTANTE AMOUREUX  (L’Amoureux VI)

12  LA MARELLE DU PAPE  (Le Pape V)

13  DÉCLINER LA LUNE  (La Lune XVIII)

14  LA JUSTICE AU JARDIN DES MÉTAPHORES  (La Justice VIII)

15  NOTRE ÉTOILE  (L’Étoile  XVII)

16  LA ROUE D’ÉPOUVANTE ET DE MERVEILLE  (La Roue de Fortune X)

17  DANSE DANSE TEMPÉRANCE  (La tempérance XIIII)

18  L’HERMITE  (L’Hermite  VIIII)

19 PASSAGE DU MAT   (Le Mat, l'Arcane sans numéro)

20  AUTRE BALLADE DU PENDU  (Le Pendu XII)

21  DOUCE FORCE  (La Force XI)

22  LE DERNIER CHARIOT (Le Chariot VII)

et hors jeu : LA DERNIÈRE CARTE


LA PAPESSE TARA HUMARA

LES TAROTS HUMENT L'AIR DE LA MONTAGNE DES SIGNES

La Papesse assise sur un siège blanc contemple la roche percée de mythes en lambeaux

Une image de la mort s’en extirpe arrachant la peau du langage et tenant sur son poing un aigle à tête d'enfant

De la montagne descendent chargés de peyotl les indiens aux manteaux brodés poinçonnés de croix de points de larmes et d’éclairs

La Papesse se lève et disparaît dans une bouffée de nuit laissant dans la brièveté du repos le corps tourmenté de la montagne*


*On aura reconnu en filigrane le parcours d'Antonin Artaud chez les Tarahumaras du Mexique.Mais ce poème inaugural fut écrit essentiellement pour exorciser une longue et délicate intervention chirurgicale que devait subir notre petite fille... dans un hôpital de Marseille.


L'IMPÉRATRICE ET L'HOMME PERDU

L’impératrice a accroché son aigle
au vieil auvent des étables dorées

L’homme rampe désert de lui-même
découragé découronné perdu

Elle hausse sa ceinture
d’où s’échappent mille oiseaux
rompant le cercle du vide

L’homme de toutes les directions
et de tous les symboles
se relèvera-t-il ?

La jeune femme aux cheveux blancs
lui indique un point diffus et tendre
où danse le premier soleil…

Qui sait si son esprit n’est pas dans cette femme ?*


*Aurélia, Nerval.


MOMO LE BATELEUR


Il faut remettre sur pied le Bateleur des songes
Le pauvre Momo piégé qui a mangé son chapeau
et clabaude sans fin sur le devant du monde
qui souffre et souffle ses soleils noir troupeau

Pauvre Momo qui crache son cruel alphabet
dans les temples policés du verbe

Cochon de Dieu et cochonnerie d’Ecriture
Ainsi Monsieur Artaud Vous êtes envoûté ?*

Il faut jeter son pèse-nerf et son ombilic
Cracher sur les méchants électriciens de l’Asile…

Et dans le havre des signes nettoyés
jeter les dés du gobelet polaire
où toutes les pensées s’entrechoquent*

*Antonin Artaud.


LE JUGE MENT


Le Jugement souffle dans sa trompette aux dix sept rayons

D’un tombeau vert sortent les condamnés d’avance
et les innocents de la vie dans les plis

Bébés punaisés
Petits poissons de Lao-tseu
Gardiens de l’heure blême
Philosophes à la faux
Facteurs d’orgues de barbarie
Prisonniers du Tartare et des Walkyries
Adolescents en extase devant un vol de grues
Lions rêvant d’Henri Michaux
Pitres bastonnés dans leurs sacs symboliques
Artistes de l’atelier de démolition
Ménagères enfarinées
Voyageurs de la Chine cosmique dans leur jardin suspendu
Sages s'oubliant dans une fourmi
Paysans trempant leur charrue dans l’eau de vie
Reines dormant sous les baobabs
Bourreaux cherchant le verger du roi Louis
Joueurs de xylophones
& magiciens du lointain Intérieur*

Et maintenant à vous de juger dit le Géant Michaux
qui déjà comme l’Océan s’est retiré du cadre...

*Une sorte d'hommage à Monsieur Plume alias Henri Michaux.


LA CARTE DU DIABLE


Quelles cornes ! Et Queue Diable !
Avec sa suite de lions chacals chevaux aptères
traînant amants de Vérone ruffians faussaires et simoniaques
Le Diable coiffe ses ramures de cerf et de chèvrefeuille

Démonio cabre ses ailes de chauve-souris :
frappe le cymbalum des tentations cent pour cent
frappe la queue du chien frappe le doigt de Dieu

Et la Bête passe
nous laissant l’œuvre au noir
- sans vitrines ni banderilles mondaines -

Alors nous jetons sa carte
d'un geste qui fait penser
au jeu de la mourre
Et qui sait ? de l’amour...


LA CHUTE DE LA MAISON DIEU


La Maison Dieu est une tour déglinguée
d’où s’échappent des bulles rouges
- Pas du sang Du rouge ! -

Maison des cataclysmes décapitions zébrures effondrements
Ziggourat qui brouille les langues et les âmes
Quand au bas de la tour deux zigotos exhibent leur queue de paon…

On rit depuis les fenêtres
des génuflexions
et des simulacres

Et puis on ne rit plus
de cet être double
qui sur ses mains sautille

et nous ressemble…


LE SOLEIL PÉRIDOT


correspondants cabalistiques du soleil sont
épervier cannelle péridot

À vous Soleils
qui font fleurs boutonner
plus que nul autre rayonnants

Et vous femmes qui penchez
sur les chaussées de cire
chaudes courbes des villes
pétrels des origines picorant la petite algue du plaisir

Et nous En nos desseins de plumes et de lettres
Arrachant équinoxes et illuminations à l’ultime échéance

Et toi Ce goût de lièvre et gambades au-delà
Sous la râpe du vent des cordillères fauves
Ces hauts pays sans nom enluminés d’orties
et de sèmes perdus

Huizilopochtli Soleil de midi aztèque
sous la morsure duquel s’agite le serpent étoilé de la nuit

Jadis un matin de février je fus cette obscure clarté de l’arcane solaire




FIN DE PARTIE POUR L'EMPEREUR


L’Empereur à la fin
ne sait plus qui il est
Le pouvoir l’a blanchi
et la torche de son sceptre
n’éclaire qu’un ciel noir
Il pose solitaire
hors de saison
pouvoir perdu
promesses mortes

Aux confins de sa vie
l’Aigle terrible
n’est plus qu’un volatile
déplumé et sans bec :
le bipède de Socrate
jeté par le Cynique
par l’assemblée moqueuse
traîné aux gémonies...




LE MONDE DOUBLE


On ne sait plus si le Monde et sa baguette double
frappent encore sur le bonheur qui fuit de toutes parts

Écharpe de chair cachant son sexe bleu
Une femme jette ses images d’émotion
Dans le jardin premier

On ne sait plus justifier le coup de dés
Et sa guirlande de mots
Zébrant le masque du poème

Quand la fiancée des locutions prostituée des sept collines
Déclame entre les haies de feu et la pluie d’or sur la mer

Qui est-elle à la vitre de ce Monde
Qui fuit sous la chemise sèche
Des Métaphores ?




LA MORT NEGRA


Boca negra Amour noir et faux rougie à contre-vie
La mort La muerte Celle qui mord
Celle que l’on nomme l’Arcane sans nom
la Césure majeure

Pied gauche enfonçant dans la boue une tête de chérubin
Camarde touchant comme par erreur l’épaule
du prochain compagnon d’infortune
Un morceau de linceul déchiré
Colle sur tes hanches ossues
Pour le bal des synapses sans jus

Boca Negra
Je sais chansons de pouilles et ballades en forme d’épitaphes
Où mort de son baston nous met à cul et nous espante

Boca Negra
Ainsi que ménestrel en allé Plus ne corneray
Sauterelle d’une autre danse

Mais pour l’heure Que souffle la Comédie !




LE DILETTANTE AMOUREUX


La tourmaline était nickel
Quand l’Amoureux vint se frotter
Au doigt de cire et de beauté
De l’âme blonde aux yeux pastel

Cupidon sous ses ailes bleues
Bandait son arc prêt à tirer
Sur le pied nu frôlant la raie
D’un sillon mauve langoureux

Et l’Amoureux campé sur l’or
Médiatisait ses métaphores
Entre le fol espoir d’aimer
Et le plaisir endimanché




LA MARELLE DU PAPE


Vuelve - il revient - en ce passage toujours recommencé du mot aux ch
Oses - Chut! Chut! - c’est le Pape
Un homme âgé couronné d’une tiare bâtarde
Le gardien du ciel l’oblige à dessiner jour à jour sa marelle
On dirait un enfant qui tire la langue aux chiffres
Il jette ensuite la pierre
Ricochet des prières désenchantées

Sur l’esplanade
Autour de la cité des voyants et des morts
Verre du crépuscule absorbé
On pèse les corps et les sortilèges
Ici où
Rien ne va plus

Oxymores
Sécrétant leurs alliances noires
Êtres fragmentés se
Remontant par quelques

Sardines arrosées de vin vert
Et le gant du pontife

Trace des chemins d’eau et de poudre
Aux horizons templiers
Irradiations millénaires
Réanimant le jeu des choses
Et des mots pérégrins




DÉCLINER LA LUNE


Les chiens des tropiques
La Bibliothèque d’Alexandrie
Le Tigre de l'enfance
- tu lo que quieres que me come el tigre -*
Le navire d’un Islandais fendant le Paradis
Une Histoire de la nuit
La Lune du tarot de Marseille sous la voûte d’un vestibule azur

L’ Aveugle Janus - des Fictions et de l'Odyssée -
tourne une dernière fois le planisphère de sa littéraire vie :

Trame des œuvres publiées
Titres classés en quelque dictionnaire toujours incomplet
Gloire d’un nom : le Sien ou celui de l'Autre
Borges - puisqu'il faut l'appeler par son nom -
Qui nous relie et pour l'éternité
À l'incipit de Moby Dick 
À la dernière charge de Bolivar
Au livre de sable
Au forgeron d’un village de l'Ariège abandonné
Au thrill de l’émotion esthétique
Et à l’Oubli... cette pâle étincelle cendrée

*« Toi ce que tu veux C'est que le Tigre me mange », chanson populaire de Colombie.


LA JUSTICE AU JARDIN DES MÉTAPHORES


La mort du vieil homme dûment constatée
la Justice s’assit au jardin d’hiver
Au bout d’un petit pont de bois
un visage d’enfant apparut en sa clarté naïve
Sa tresse - en un sens à peine perceptible -
réunissant contraires et contrariétés

Sur le seuil doucement - piano pianissimo senza parlar -
le monde utopique sur scène jouant des guillemets :
- « Mère me reconnaîtras-tu » ?

Au final la Justice sans rompre le silence
du jardin des métaphores
met le feu à son siège

Penchée alors sur le vieil homme
elle place entre ses doigts d’enfant
l’aloès des cabales qui ne fleurit qu'une fois
à la fin de son siècle




NOTRE ÉTOILE


Quelle petite lame à présage chromé as-tu encore dénichée au fond
de la cour des Poésies ?
L’Étoile The Star La Estrella

Une jeune femme nue aux longs cheveux bleus
un genou encore à terre agitant ses deux jarres :
vase d’or de corps de chair et de paroles enflammées,
vase d’argent au liquide inversé…

Toute la gamme des violets - ses paons cocotiers acacias améthystes…

La jeune fille erre dans la barque des rêves
où la Tour Saint Jacques grandit et jette ses oiseaux invisibles
au commun des mortels

Mais d’autres voix disent :
« L’Univers est dans la nuit »
« Osiris est un dieu noir »
« L’indicible n’est pas tapi dans l’écriture,
il est ce qui l’a bien avant déclenchée *.

L’étoile du soir renaît matin Elle n’est pas seule Elle n’est pas morte
Étirant le compas d’espérance des poètes qui hantent la tribu…



* Citations d'Aurélia (Nerval), d'Arcane 17 (Breton) et de W (Pérec).


LA ROUE D'ÉPOUVANTE ET DE MERVEILLE


Écrire est parfois un honneur…
Depuis ce petit mètre carré de nuit
Nous avons souvent poussé la roue à aubes
de l’Isle sur la Sorgue
Qui connaissait fortune d’abriter un poète exigeant
Au partage des eaux vives
Rage Fureur et Lucidité

Sa manivelle égale au chant du grillon dévastait le réel
au cœur des utopies sanglantes du XX° siècle :

D’un poète envoyé à la Kolyma*il disait reconnaître
« l’épouvante qui lui fut infligée
la merveille qu’il ne lui imposa pas
mais qui émanait de lui »

La lourde Roue de Fortune nous la brûlons certaine nuit
grattant la lettre qui reprend vie
émigre hors de ses dents
avant qu’elles ne nous déchiquettent

Car le temps pour les Grands Matinaux
doit rester « à la merveille »…

*Osip Mandelstam évoqué par René Char, le grand matinal de ce poème.


DANSE DANSE TEMPÉRANCE


Ici s’allient contraires
Sans en perdre une goutte
Tempérance fait son Carnaval

Ici Femme met l’ange de son côté
Versant ses Eaux de vie
sur toutes Aigues mortes

Et Carnaval jette la fête
À la tête des simulacres
Où l’on teste ses autres vies

Ses autres masques
Ces mille Personnes
Que nous aurions aimé être…

Quand je mourrai Quand je mourrai
Pour bien savoir si je suis morte
Jouez Jouez ce petit air de Carnaval
Qui tant et tant me fit danser :

« Carnaval es arribat Le bravé le bravé
Carnaval es arribat Le bravé goujat… »*

* Chanson culte de carnaval occitan.


L'HERMITE


Tu rames dans l’algèbre des jours
L’oiseau Liberté voletant autour de ta lanterne

Hermite au pied léger
dans la capuche de tes rêves
Tu promènes les aurores boréales
d’un harfang de l’arctique
bleus égratignés de vermeils

Et tu marches marquant la terre
du talon des perplexités
cherchant la clairière où les signes s’ouvrent
tels un livre




PASSAGE DU MAT


Le Mat - le ravi le fou el loco il matto -
balade ses têtes d’hermines et de quolibets
dans sa besace de chair

Le meurtri le fêlé le bel idiot
Ouf ! le basilic est passé tout près sans le voir !

Momie d’ibis portant l’oursin rose de confusion
Heureux signes de l’insolence analogique.

Est-ce cet homme qui relève les casiers pirates
ornés de brumes et de phalènes ?
Est-ce cette femme entre toutes les femmes
balbutiant les chiffres dorés de la mourre ?

Mat acrobate
Mat abandonné à la giration des voies lactées

Et dans sa poche l’oiseau Quetzal
sort d’un paquet de gauloises bleues

On le croit mat C’est le silence
Puis reviennent danses et grelots
Une crécelle et un cerceau :

Passez Amours !
Passez muscade !




AUTRE BALLADE DU PENDU


Et le chapeau du Pendu Qu’est-il devenu ?

Un si jeune homme ainsi accroché
par le pied - le plus gauche des deux -
l’autre jambe esquissant un pas de danse
un pas-de-chance

Si le monde était cohérent on ne pourrait pas dire
« Il est innocent » Sans qu’aussitôt la corde cassât

Mais le monde marche sur la tête
et achève bien ses Pendus

Ses Poètes cherchant le soleil à minuit
l’horizon en complet veston
le néant en bretelles grises*
le passage subtil du Rêve à la Réalité

Et le Pendu ce fils de rien chante et psalmodie
ballades et mercis prières fatrasies et tardieuseries

Et puis un dernier tour
Et la fête est finie

*Jean Tardieu.


DOUCE FORCE


Comme cette femme
- La Force -
maintenant de ses mains délicates
la gueule ouverte du lion

Comme cette femme cherchant à libérer
ce que dit la bouche d'ombre

Comme cette Force
qui nuit à nuit étrangle
la fatalité de l’Hydre Univers*

Comme cette soeur
qui ouvre à deux battants
les portes de l’Espérance



*« L'hydre univers tordant son corps écaillé d'astres. ». Victor Hugo.

LE DERNIER CHARIOT


Cuirassé Couronné Conducteur émérite
du Chariot des jours et des nuits
Lune et Soleil sur ses épaules
Soufre et mercure à son blason

Un beau pays est sa passion
pour sa levée dernière toutes les cartes sont en tête
Un beau pays fut sa moisson

Malgré les voix cabrées et les fanfares épaisses
Les paupières en deuil des êtres déchirés
Malgré Amour cloué au cercueil de la guerre
Le Chariot tire droit dans le remous des âges
Promesse est le halo où chevauche son cœur

Il y a dans tout juillet l’épaule zénithale
avec l’enfant perché
qui se rit du destin…


LES TAROTS HUMENT L’AIR DE LA MONTAGNE DES SIGNES


LA DERNIÈRE CARTE


«  Le temps lui-même n'a pas d'existence en tant que tel.
Ce sont les choses et leur écoulement qui rendent sensibles
le présent, le passé, l'avenir. »
Lucrèce. De Natura rerum

Je bats mon dernier jeu
Rose de sang serrure étoile

Quand à la fin la fin approche
De l'art-vie la vida
De plus en plus achevée
De moins en moins existante

À l'esprit de jubilation
À la complexité
Je rends grâce

Je mets mon dernier pouce
À sculpter le vivant


Et je m'en vais...