JEAN-JACQUES DORIO

Correspondances

CORRESPONDANCES

 

22 POÈMES DES TAROTS DE MARSEILLE
& LA DERNIÈRE CARTE

MIRÓDORIO
UN CAMI COMPARTIT


bibliographie

 

poésie mode d'emploi

 

la poésie que j'aime

 


ANTHOLOGIE "en construction"

L'ESPRIT PALOMAR

Les traces :
vertèbres
& leçons de ténèbres

Éclairs des acryliques
pigments qui sont la mue
des gestes
du sang d'encre
fissures et vibrations

Que deviendront les écorces
de mes autoportraits ?
Et comment se frayer une issue
dans cette toile
qui relie la main l'ongle
l'outil ?

Ceci n'est pas la Monta
la montagne de sable et d'émeraude
le geste dernier
d'un guerrier
abandonnant ses armes

C'est une pierre noire
Ce sont des livres bleus
Ouverts sur l'œil des mots

Traces
et leçons de merveilles
Ceci est un commencement
qui n'en finit pas...

 jj dorio

 Éric PALOMAR expose à l'Aigalier
 « Les Martigues »

15 02 2012

 

René Magritte
Querelle des Universaux 1928
Huile sur toile 53,5 x 72,5 cm
Centre Pompidou


 QUERELLE DES MOTS ET DES CHOSES

 

Parfois le nom d'un objet tient lieu d'une image.
René Magritte

 

FEUILLAGE
c'est une pierre noire
qui ne donne pas de leçons

CHEVAL
c'est une pierre noire (dressée)
qui bat de l'aile

MIROIR
c'est une pierre noire
qui a une pléthore d'amoureux

CANON
c'est une pierre noire
enveloppée de vierge papier

UNE ÉTOILE
aux cinq branches
fait la navette , la synthèse,
le point de fuite
de cette
Querelle des Universaux

 

René Chabrière

sur un coin de table la grande bleue

sur l'aire des poudroiements

quand se déploie la liberté

d'interpréter le monde

tel jour telle heure en telle année

 

la fenêtre s'ouvre sur nos voyages secrets
ceci cela en somme qui nous tient éveillés

flux et reflux matières manières
de laisser la mer nous imaginer :

sans pensées et sans paroles
nous aurons été en cet instant unique
ce petit carré d'ocre et de bleu...

et pour l'éternité


 

POÈME PICTURAL

 

LE JOURNAL

LE JOUR NA

DJA

petites énigmes des rencontres fortuites

sur le clavier affectif des impératifs non-littéraires

 

LE JOUR D'AVANT

papier collé paupières closes

font pendant au moulin à broyer du noir

avec ces indispensables blancs

sous les pavés des pages

 

LE JOUR D'APRÈS

la guitare a enfanté cette vue sur la baie

et cette hésitation :

est-ce un doigt, un nuage,

ou bien la tranche d'un livre entr'ouvert sur l'insaisissable ?

 

D'UN CHAMP À L'AUTRE

le jour disparaît

pipe noire d'où sort un fil de fer tordu

un trait d'encre soulignant

la césure du siècle :

page d'un poème

où chaque mot est systématiquement rayé


 

LE VIOLON DE JUAN GRIS (1916)

 

  Je ne sais rien des violons de l'âme et des guitares endormies, mais lettres après lettres, je figure la fuite du temps et reconnais l'humeur des hommes en détresse.

   C'était la guerre de 14  18. Il fallait bien, en attendant que le sang arrête d'irriguer la cruauté inhumaine, témoigner de la vigueur des natures mortes.

   Rigueur, autre que cadavérique, couleurs, rythmes et manières de faire respirer le violon et l'archet, la partition et la table des matières de l'art pictural nouveau.

   Maintenir l'exigence de l'imagination créatrice sous l'éclairage d'une expérience intérieure, dans le soleil plissé du rire des abeilles.*

 

 

* Pierre Reverdy 


 

ACROSTICHE GRIS

J eux de miroirs

U n violon Un couteau Un encrier

A vec LE LIVRE souverain

N ouant le présent au passé

 

G uitare marron olive

R eprésenter le monde

I maginer ses métaphores vives

S aisir sous la moindre forme SA POÉSIE

 

VERTICALES D’ÉTERNITÉ

pour et avec Beaumont-Le-Sculpteur 

 

Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels.

                                               Baruch Spinoza

 

Cent

Paroles

C'est un rôle

Sans acteurs

Sans facteur Cheval

Qui échangeait ses lettres

Contre des pierres bises dressées

Sur cet espace qu'il faut réinventer

Avec cent coups de rêves bruts intuitifs préhistoriques

Aimantés du cosmos personnel universel en expansion

Tellurisme chnotien sur le roc à gaillet à silence de gneiss et de métamorphoses Avant que les corbeaux du CRAC -centre régional art contemporain- N'abattent leurs ailes noires prétentieuses vides de tout signe qui fait sens

Inévitablement seuls ceux qui voient l'invisible intérieur

Après longue patience silence minérale absence de geste prémonitoire

Mais présence immanente innocence essentielle 

Affirmation d'une existence programmée par  Soi

(le-même -comme-un-autre)

Cent paroles sans et avec met'hodos : la voie intermédiaire le chemin la catharsis la purification le détachement

le génie propre sur sa lande où poèmes sculptures air et songes touchent le chaos buissonnier taillant

ces cent paroles

flamme sablier

verticales

d'éternité

...


La vierge noire de Beaumont
est blanche.
Elle a poussé
sur la roche des cystes
et des passeurs d'âmes.

Vierge des alchimies
et des atomes d'Épicure
qui créent ce monde oblique,
barque dressée sur l'éternel.

 

L'air danse autour des mains
qui sculptent ces pierres de flamme
dans l'espace cosmique.

Et nous nous agrippons
à cette clarté fragile
dans l'au-delà des saisons
et des jours.


"...Former l'alexandrin comme une idée de l'homme.
C'est l'été, le Léthé traverse les enfers.
Les statues de Beaumont nous font les grands yeux..." Juin 2011.JJ Dorio

Laurent Beaumont

A Claude Brugeilles

SARMENT SERMENT MYTHE ET RÉALITÉ

Voulant connaître
quelles fibres et quels vaisseaux
transportent ma sève élaborée
je fais des arbres

Ils ont mille ans
et le récit des grands mythes
que je fus

Ils ont aussi
mon âge de vivant
qui jusqu'au bout s'accroche
au bâton et au thyrse


ENFANTS DES LISIÈRES


dansant autour des bois
sauts et ressauts des sèves joyeuses
et de l'œil émerveillé des mots


    LE SOUFFLE DE L'ARGILE

 

Cette lampe que l'on maintient
d'argile de bois et d'humanité
Sur papier-païs toiles peintes poèmes
et figures sculptées
montant jusqu'à la lune verte
et qui ressortent des forêts

À l'écart des faux problèmes
et des vaines subtilités

L'homme est d'argile
et que souffle la beauté!


 

MARGUERITE NADAL


            LA JOIE DE VIVRE

 

Je lis Brassaï conversant avec Picasso
un livre traversé de poètes peintres et curieux
qui approchèrent le Minotaure
durant la guerre puis à la Libération

Tous sont partis maintenant
au pays d’où l’on ne revient pas
Tous ont vécu leurs amours
 leurs drames et leurs caprices

& la Joie de Vivre
petits faunes et  bacchantes
cabrioles et  chevreaux

Et le ventre rebondi de la jeune égérie
qui guida la main et l’œil du démiurge
pour cette fresque murale
du château Grimaldi d' Antibes

La Joie de Vivre
Un don - non des dieux -
Mais de cet heureux mortel
 Qui signait

 

LE POÈTE DE CHAGALL

                        
Le poète de Chagall
a la tête à l’envers
Elle est verte
et le crâne est posé
sur une tasse de café
ouverte comme un cou coupé
                 
Le poète de Chagall
travaille en bleu
son long stylo
posé sur un carnet
de sang et d’encre
distrait par un chat
diable d’oreilles
et qui lui tire
sa langue de patapon
de patagon de christ
de toutes les Russies
     
La bouteille d’absinthe
vacille penchée
abritant l’œil verlainien
La table est rouge
avec un couteau
qui a fendu la vie
comme une pêche
     
C’est du moins
Ce que disait
Son ami Cendrars
Dans ses poèmes élastiques
C’est du moins
Ce que faisait Marc Chagall
Envoyant en l’air
 Les objets naturels
Les vaches à l’ombrelle
Et les mariées…

Et vive la Liberté!

 

DANS LE SECRET DES YEUX

  Pour Patron

La peinture ne célèbre jamais d'autre énigme
                                          que celle de la visibilité.
MauriceMerleau-Ponty

           
                                              Coquille et coquillages
                                              Un jeté sur la page
                                              Sur la plage où la gouache
                                              Fait de l'ocre son patron

                                              La mer est sur la terre
                                              L'amour est sur la toile
                                              La palette nous rappelle
                                              L'esprit de la matière
                                  
                                              Pour le secret des yeux                         

  
                                                JJ DORIO 27 01 2011


la coque noire

Guy Toubon

 IL N'Y NA PAS DE MOTS POUR LA PEINTURE
pour Guy TOUBON

Il n'y a pas de mots pour la peinture
Il y a le concert dans le champ
des couleurs qui s'irisent

Il y a un port vêtu
de grandes coques noires
et de probité candide

Il y a un port et ses navires
au tranchant de la brosse
dans les bouteilles d'encre
des porte-conteneurs

Il y a ce paysage sans cesse visité
dont il ne faut pas faire
une montagne
mais lumières de pourpre
d'or et de mystère

Mon beau navire
Ô ma mémoire avons-nous assez navigué
avons-nous assez divagué*

sur cette toile présente
où toute réalité se dissout...

et nous invite à Renaissances !

jjdorio

* APOLLINAIRE


Jacques Hérold. Je t'raime
1936, huile sur toile

             Je t'raime                  

Je traîne je t’raime je tramway dans la tête de mon pot’ le gitan

Je te cadavre exquis de mon frère l’écorché l’étranger le pendu

Je te coupe les cartes et les descartes du grand livre de la vie et de la mort

   qui se regardent en chien d’écriture de la pensée qui vient et va

           et nous transforment en rêves de cristal et de fumée

                                qui traînent…

Jean-Jacques Dorio le 09 janvier 2011


Poème trouvé sur un quai des Martigues
    Je n’ai pas la force de parachever mes tableaux

Nicolas de Staël ( Antibes 16 mars 1955 )

 

Ce dimanche de septembre
masques et bergamasques
en tenues chamarrées
volettent sur le quai

 Les Martigues
une toile de Staël
et ce matin aussi
de l’autre côté du chenal
trois mouettes qui viennent
vont tombent
et se reprennent

Mais ici
point de rempart d’Antibes
et de maison de peintre
en aplomb
des Grands Quais…

Jean-Jacques Dorio. 15 septembre 2010

Nicolas de Staël
Les Martigues


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